Les Précieuses Ridicules : Molière et les rockeuses savantes

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Il y a quelques semaines, dans l’effervescence échevelée et un brin régressive des révisions bachelières, l’un de mes élèves m’annonce au moment d’attaquer la partie « Ecriture dramatique » du programme et comme pour se dédouaner de son peu d’enthousiasme : « De toute façon, j’aime pas le théâtre, c’est chiant ! ». Chiant … Eh bien, espèce de petit scarabée rampant, tu vas remballer ta morgue d’ado boutonneux, enfiler tes baskets, et courir séance tenante au Lucernaire pour assister à une représentation des Précieuses Ridicules de Molière remastérisée par la team de La Savaneskise. Et remercie moi au passage de ne pas te botter les fesses à coup de Dc Martens, les acteurs le feront bien tous seuls !

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Parce que de l’énergie, ils en ont à revendre les cocos et de la plus pure puisque rock jusqu’à au bout des tiagues et de la queue de cheval. Qui peut encore prétendre au terme d’une heure et demi de spectacle survolté que les classiques sont poussiéreux et soporifiques ???? Qui oserait, après avoir assister à ce tourbillon ? Déjà que la prose de JB Poquelin, à elle seule, est à se tordre, mais revisitée de la sorte, elle prend la saveur acidulée et pétillante d’un Coca siroté avec son chéri dans l’ombre d’un drive in. Grease : voici l’univers dans lequel nous plongeons tête la première en découvrant les deux miss, vêtues de noir, se pâmer sur les vers bouffons de deux domestiques qu’elles croient être des « personnes de qualité ».

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Bien attrapées les pimbêches. Sales gamines mal élevées, elles rappellent par bien des points les demoiselles méprisantes et fardées qu’on rencontre au détour des couloirs de lycée, qui se vantent d’un savoir acquis à la va vite sur Facebook et Youtube mais n’ont pas une once de bon sens ou de culture, encore moins de retenue ni de classe. Par contre elles sont à se tordre tellement elles sont caricaturales, et la proximité des deux clowns grotesques qui leur comptent fleurette ne fait qu’activer le processus révélateur de violente manière. Et c’est cela qui est génial : dans un décor d’une simplicité déconcertante, il suffit d’une guitare électrique et d’un micro pour que le poème de Mascarille devienne concert d’anthologie, tandis que ces dames jouent les groupies furieuses.

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C’est d’une justesse foudroyante, et la lecture proposée par Pénélope Lucbert en charge de la mise en scène assume l’outrance de ces personnages transformés en starlettes du dimanche. Excès, suffisance, médiocrité du paraître, … barock en somme, pour ces jet seteuses de bazar qu’on image dévalisant Kooples pour ensuite aller s’encanailler chez Colette ou La Machine du Moulin Rouge. C’est finement senti, Précieuses d’alors, hipster d’aujourd’hui, c’est le phénomène de mode embrassé aveuglément et sans conviction profonde que dénonce un Molière particulièrement inspiré et au finish singulièrement rock dans son écriture.

Et plus si affinités

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