Les Nouveaux méchants : et si les séries télé repensaient le concept de vilenie ?

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Dés l’origine du webmagazine, nous avons consacré une rubrique aux séries télévisées à succès. Parce qu’elles font partie du paysage culturel contemporain, parce qu’elles drainent un public d’inconditionnels, parce qu’elles proposent des scenarii inédits … elles nous fascinent, nous fidélisent par une intrigue palpitante, une ambiance originale, des rebondissements et des péripéties en cascade, comment en faire fi ? Car derrière le suspens haletant, le brio de l’écriture, la fan attitude, n’y a-t-il pas une lame de fond culturelle qui s’opère ? Pourquoi revenir en boucle sur la violence de Game of Thrones, les enquêtes de Sherlock, la décomposition de Walking dead ? En nous captivant les séries ne changent-elles pas notre perception du monde et des valeurs ? Sont-elles reflet d’un temps ou rouage d’une métamorphose ?

Professeur d’université à la Sorbonne Nouvelle Paris III où il dirige un laboratoire de recherches consacré aux enjeux de la communication et de l’information, François Jost est un spécialiste de la sémiologie audiovisuelle. Directeur du Centre d’Etudes sur l’Image et le Son Médiatiques, le cinéma et la télévision constituent son principal champ d’investigation, qu’il connaît particulièrement bien et qu’il passe au crible très régulièrement. Après Sous le cinéma, la communication publié chez Vrin et De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme ? chez CNRS Editions, il consacre une très remarquable étude à la manière dont les séries influent sur notre rapport à l’éthique. Le sous titre de l’ouvrage Les nouveaux méchants en dit long sur la portée de son analyse : « Comment les séries télé font bouger les lignes du bien et du mal ». Et pour pratiquer cette exploration, Jost s’appuie sur trois monuments télévisuels contemporains : Dexter, Deadwood, Breaking bad.

Rien que ça. J’imagine déjà les aficionados saliver d’intérêt en lisant ces noms prestigieux, puis se demander comment le monsieur va déflorer leur série fétiche. Rassurez-vous, son approche est tout aussi palpitante que les feuilletons cités, et son analyse un vrai bonheur à parcourir. C’est que les héros qu’il scrute ne sont pas nés méchants, ils le sont devenus pour diverses raisons que Jost va décortiquer avec autant de précision et de pertinence que les images qu’il dissèque. Son enquête est structurée, argumentée, documentée, abordable par les passionnés qui connaissent les séries sur le bout des doigts comme par les néophytes qui pourraient bien avoir envie ensuite de plonger tête la première dedans. Car sa démonstration vise à prouver que ces séries dénoncent l’utopie du rêve américain, pour lui opposer une réalité d’une rare dureté, pour ne pas parler de société injuste et cruelle dévastée par un capitalisme dont l’histoire et les retombées sont ici mises à jour de peu amène façon.

Au terme de ces quelques trois cents pages, vous ne verrez plus ces séries comme de simples divertissements mais comme de véritables témoignages de notre temps, la preuve d’une prise de conscience progressive, le signe des dégâts occasionnés dans les consciences par la civilisation moderne. A croire que ce support constitue la forme rédactionnelle privilégiée de notre époque, à l’instar des tragédies classiques du XVIIeme siècle, des romans naturalistes. Surtout le regard de Jost met en exergue les rouages qui actionnent notre addiction à ce type de récit pensé comme un miroir.

 

Et plus si affinités

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