Le Sexe faible : Edouard Bourdet ou l’anti #metoo ?

En pleine affaire Weinstein, alors que les plaintes pour atteintes sexuelles et viol pleuvent dans les milieux culturels et politiques, que #balancetonporc met en évidence de manière dramatique le harcèlement de rue, que actrices, artistes et entrepreneuses réclament la parité dans la création, que les femmes revendiquent l’égalité salariale tout en dénonçant la charge mentale, il me prend fantaisie de revoir Le Sexe faible, la version télévisée datant de 1957 mise en scène par Jacques Meyer, celle de 1974 prise en main par Jacques Charron pour le théâtre Marigny.

La première se situe dans les fifties, la seconde dans les années 30, mais peu importe : l’intrigue dessinée par Edouard Bourdet en 1927 résonne de manière moderne … et assez désagréable. Au cœur de son récit, Isabelle Leroy-Gomez, grande bourgeoise ruinée qui n’a de cesse de marier ses fils à de riches héritières … tout comme elle l’a fait en son temps avec son ex-mari, dont elle a favoriser l’union avec une millionnaire américaine, Clarisse, devenue depuis son amie. Eh ooui, dans la jet set, les hommes, beaux et séduisants sont entretenus par leurs épouses haut placées dans la hiérarchie aristocratique et financière.

La dame perd sa fortune ? Le Monsieur la quitte pour une autre, mieux dotée. C’est la règle, dure, implacable. Et Isabelle l’applique à la lettre, cherchant à tout prix à unir son petit dernier, Jimmy avec Dorothy qui ne compte plus ses millions. Seulement voilà, Jimmy s’en fiche de Dorothy, il lui préfère Nicole, la petite assistante de sa sœur, fondatrice d’une maison de couture. Par ailleurs, Philippe le puîné, vient de plaquer sa femme Christina l’argentine, pour une mannequin russe miséreuse et fêtarde, qui lui fait faire bien des folies. Du coup Christina se réfugie dans les bars du beau Carlos, gigolo qui n’a de cesse de se faire épouser, lui aussi.

Ces chassés croisés amoureux se déroulent dans un grand hôtel de la capitale, sous l’œil vigilant d’Antoine, majordome et éminence grise du palace, homme de l’ombre à qui on demande conseil, qui écoute les confidences, aide au besoin sans jamais se compromettre. Car s’il observe avec condescendance, il n’en pense pas moins. Et cet univers où les sentiments se négocient comme des actions, où l’oisiveté est une façade, où les hommes se vendent comme des trophées, où les femmes négocient la passion à coup de contrats, ce n’est pas franchement pour lui plaire, lui qui focalise le regard critique de l’auteur.

Car Bourdet prend un malin plaisir à démonter les travers de cette classe dominante futile et coupée des réalités, véritables parasites où c’est la femme qui harcèle, dicte sa loi, impose ses caprices, achetant les amants à court terme, en changeant comme on le fait d’une garde-robe. Et si l’on rit, ce n’est jamais aux éclats, toujours en grinçant des dents, avec le sentiment que ces gens sont malsains, tolérant, privilégiant ce qui relèverait presque de la prostitution, du trafic d’êtres humains, avec une légèreté coupable, voire méprisante. Les beaux sentiments ont bien du mal à respirer dans ce cloaque, où les femmes, riches et libres, se comportent finalement aussi mal que les hommes dans leur domination patriarcale.

A croire que c’est la puissance de l’argent, le rang social, qui corrompent ? Bourdet le souligne férocement, avec un plaisir non dissimulé, un regard qui est toujours et malheureusement d’actualité … et le plein de question sur les dérives que le féminisme pourrait subir si jamais il se mêlait de fric et de supériorité ???

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