Les Contes d’Hoffmann : c’est l’histoire d’un mec qui n’a pas de chance avec les gonzesses …

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Les contes d’Hoffmann – Robert Carsen © Julien Benhamou / OnP

C’est le moins que l’on puisse dire : le héros de l’opéra d’Offenbach, inspiré du poète allemand du même nom tel qu’il apparaît dans la pièce de Jules Barbier et Michel Carré, est un parfait looser de l’amour. A croire qu’il le fait exprès ! Quand débute le prologue, on le trouve ivre raide dans un cabaret où il attend la cantatrice Stella qui lui a filé rencart ; il y a plus glamour … Il profite de l’occasion pour raconter aux clients hilares ses mésaventures, qu’on découvre aux travers des trois actes.

Olympia l’automate, Antonia la malade, Giulietta la prostituée … trois facettes d’une même nana sublimée et dangereuse, trois tragédies, trois occasions de se tourner en ridicule et d’y laisser un peu plus de son palpitant déjà bien écorné par la vie. A se demander si ce n’est pas lui qui apporte la poisse à ses partenaires … Faut ce qu’il faut pour entretenir sa réputation d’auteur torturé et maudit ! Romantique, Hoffmann n’a d’autre choix que de se planter, enchaînant les vestes, sous le regard impuissant de sa Muse, qui sous les traits de son meilleur ami Nicklausse, tente de le protéger comme elle peut.

Il y a fort à faire, le monsieur est actif à scier la branche affective sur laquelle il s’obstine à pioupiouter avec tous les cas sociaux qui passent à portée de ses affects. Saisissant l’ironie de la situation, le metteur en scène Robert Carsen distille une lecture qui n’épargne en rien le protagoniste, soulignant son masochisme sentimental, … comme clé de sa créativité ? Car le point commun de ces drames, c’est la capacité à théâtraliser son propre malheur. Hoffmann Caliméro ? Personnalité histrionique qui cherche à résoudre l’énigme de ses dérives dans une perpétuelle salle de spectacle ?

Jouant la carte pour le moins baroque du théâtre dans le théâtre, Carsen situe son Hoffmann à la limite de la scène et des coulisses, dans ce no man’s land où le réel côtoie l’illusion, où l’on prend de simples sourires pour des déclarations, un frôlement accidentel pour une invitation à l’amour dans l’odeur entêtante de la sueur et des fards … Au final les trois femmes dont il s’est entiché sont avant tout des reflets de lui-même, car toutes s’avèrent des bêtes de scène, qui n’en peuvent plus de rayonner sur les planches jusqu’à la destruction.

Au travers de cette interprétation moderne, placée dans un univers contemporain où la magie du théâtre n’en finit pourtant plus d’abolir la temporalité, la musique d’Offenbach trahit cette quête infernale de l’inspiration, à n’importe quel prix, cet amour absolu de l’art, du spectacle, l’ivresse des planches, la fascination de l’auteur pour son interprète. Cette oeuvre ultime, que le compositeur de La Belle Hélène, emporté par la Faucheuse, n’aura pas le loisir de fignoler, n’est pas un testament, c’est un manifeste.

Le besoin d’exprimer en musique une passion irrépressible pour l’acte de créer. L’épilogue se conclut sur la victoire de la Muse qui récupère son poète le nez dans la boue pour le hisser vers la gloire. On s’en doutait bien, ce n’est que justice car elle a bien ramé cette pauvre Muse, à surveiller son poète comme du lait sur le feu … On aurait pu gagner du temps en évitant toutes ces historiettes médiocres ? Bien sûr que non ! Pas d’historiettes, pas de grands airs, exit « La barcarole », fini la mort d’Antonia sur une vocalise fatale, pas d’Olympia robotisée violant un Hoffmann transformé en sex toy devant une salle tordue de rire …

Des trouvailles de ce genre, Carsen en multiplie à la pelle, dans cette production complètement folle au casting de grande qualité avec un bonus pour ramon Vargas dans le rôle titre, Stéphanie d’Oustrac qui interprète la Muse/ Nicklausse … et l’incroyable Nadine Koutcher qui endosse la partie d’Olympia la poupée porno. Le tout dans les décors ingénieux et surprenants de Michael Levine, avec l’Orchestre et le choeur de l’Opéra de Paris pour couronner le tout de bien belle manière. Un magnifique divertissement certes, une prestation musicale et vocale d’envergure, une mise en scène intelligente et poussée : voilà qui a dû ravir Offenbach du haut de son nuage, lui qui y tenait tant, à ses Contes d’Hoffmann qu’il y a laissé sa santé et sa vie …

Et plus si affinités

https://www.operadeparis.fr/saison-16-17/opera/les-contes-dhoffmann/

http://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/opera/l-opera-de-paris/les-contes-d-hoffmann-d-offenbach-a-l-opera-de-paris-248871

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