A l’intérieur du camp de Drancy : l’antichambre du calvaire …

La semaine dernière, nous célébrions les 75 ans de la libération du camp d’Auschwitz … oubliant au passage que le calvaire des juifs déportés commençait à Drancy …

C’est ce que Annette Wieviorka et Michel Laffitte se chargent de nous rappeler dans le livre A l’intérieur du camp de Drancy. Soit 400 pages qui relatent par le menu comment la cité de la Muette est devenue quatre années durant le lieu de passage obligé des juifs raflés en France en partance pour Auschwitz et les chambres à gaz. Un lieu ô combien inhospitalier, initialement camp d’internement avant de devenir la plaque tournante d’une déportation de masse à l’échelle internationale.

Avec son lot d’horreurs quotidiennes : promiscuité, insalubrité, épidémies, faim, froid, suicides, humiliations et brutalités quotidiennes, tortures physiques et mentales … le tout sous la garde des autorités françaises téléguidées par les allemands avant que les SS ne reprennent la direction du camp en main pour usiner la Solution finale. Avec un souci d’efficacité sidérant et une rouerie consommée.

Objectifs : dépouiller les familles en transit au maximum, tout en les gardant dociles et craintives, afin d’éviter tout vent de révolte, toute envie d’évasion. Pour y parvenir, une stratégie perverse : couper les prisonniers du monde au maximum – les déstabiliser par un régime d’une dureté terrifiante – créer une hiérarchie au sein même de cette population – faire pression sur certains des cadres juifs encadrant la vie du camp pour créer un climat de délation.

Aussi prenant que précis, ce récit extrêmement documenté donne à voir la logique concentrationnaire nazie dans ce qu’elle a de plus implacable … et l’implication indéniable du gouvernement français. On comprend alors que le régime atroce d’extermination appliqué au bout de la voie ferrée à Auschwitz commençait dans les murs de Drancy, comme une première étape dans la destruction de toute résistance, un travail préalable de perte des repères et d’écrasement des individualités.

Ironie du sort, c’est également à Drancy que seront parqués les collaborateurs après la Libération. Par la suite l’endroit sera tiraillé entre devoir de mémoire et fonction d’habitat. Difficile effectivement de repeupler cette cité sans affronter les fantômes de ceux qui y résidèrent contre leur gré. Le livre évoque aussi ce long travail de résilience, dont on parle trop peu souvent.

Et plus si affinités

https://www.lisez.com/livre-de-poche/a-linterieur-du-camp-de-drancy/9782262050283