Bernis le cardinal des plaisirs : portrait en pied d’un homme des Lumières

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« Le pouvoir est le pire ennemi du bonheur ». C’est en substance la phrase qui résume le mieux le caractère de cette incontournable figure de la politique française du XVIIIème siècle. Grandi au soleil de la favorite Mme de Pompadour, l’obscur cadet de noblesse va se tailler une place de choix dans le paysage de l’époque, servant la France tout autant que Louis XV.

Désireux de faire fortune, ce grand séducteur va s’illustrer dans son rôle d’ambassadeur puis de ministre, mettant en application l’intelligence des philosophes de son temps dans le cadre de relations diplomatiques internationales souvent complexes et fragiles. Poète, esthète, raffiné, son mode de vie longtemps a fasciné l’académicien Jean-Marie Rouard qui lui consacre cette biographie passionnante.

D’une plume alerte et fine, l’auteur détaille ce parcours à plus d’un titre éblouissant et sage à la fois, qui nous permet de découvrir les arcanes de l’époque : la cour de Versailles et ses intrigues, Louis le Bien Aimé et ses proches, Choiseul le grand rival, Voltaire le malicieux, Casanova l’intrigant. De Paris à Versailles en passant par Venise, Rome et Albi, nous suivons les pas inspirés du diplomate, « Babet la bouquetière » comme le surnommait l’auteur de Candide, qui appréciait son bon sens et son ouverture en matière de religion.

Suivre Bernis dans les salons, les alcôves et les appartements, c’est aussi mesurer touche par touche la prise de pouvoir progressive d’une bourgeoisie d’affaires qui va s’imposer via la Révolution tandis que la caste nobiliaire, ruinée mais aveugle, continue de se draper dans des privilèges caduques et hors du temps. Rouard met en lumière avec verve et ironie cette mutation à l’œuvre dont le prélat se fait le témoin, le commentateur et la victime, exilé qu’il est pour avoir voulu moderniser l’institution royale.

C’est ce qui ressort de cette biographie : les efforts démesurés et vains d’un grand serviteur de l’Etat pour réformer un régime politique sclérosé de discordes, ancré dans des principes ancestraux et dévoré par les appétits particuliers. Motivé par le bien de son pays, Bernis fait tâche, prenant ainsi la succession d’un Mazarin, annonçant Talleyrand.

 

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