YAMA de Laura Arend : retour à la danse

Yama ©Yann Gouhier

Après Leedersheep, un apéritif dansé par huit membres du Jeune Ballet Européen, brève création au titre en forme de calembour ou de calembredaine relevant plus de l’exercice de gym tonic que de la danse proprement dite, contemporaine ou autre, mais entraînante, naturellement, à l’unisson, comme si Cunningham n’avait pas existé, parfaitement exécuté, il faut dire, par des jeunes gens surmotivés, nous a été servi le plat de résistance, On veut parler de YAMA, chorégraphié et dansé par Laura Arend elle-même, soutenue, il est vrai, par les excellents interprètes que sont Olivia Caillaud, Eli Cohen, Damien Sengulen, Nitsan Margaliot et Patrick Entat. Et bénéficiant du light show sonore conçu et réalisé par les talentueux Jean-Yves Beck, pour la création lumière et Nicolas Pfeffer, pour ce qui est du montage musical.

Le fait est que l’opus, au titre tantrique, dérive assez vite vers l’anecdotique, se tournant du côté du divertissement. Disons, pour aller vite, que l’auteure de la pièce semble nettement préférer le khatak au Bharata Natyam et opte pour Bollywood Boulevard et pour le théâtre grand public qui va avec. Après une belle entame tout en poses photographiques surréalisantes enchaînées par des fondus au noir de plus en plus rapides, la cafetière des danseurs étant encagée, non pas politiquement mais poétiquement, le propos fléchit, lorgnant plutôt vers le show télé, avec une gestuelle un peu datée, entre le jerk béjartien d’antan et l’arabesque néoclassique preljocajienne, en passant par un certain relâchement d’esprit “modern jazz” – un vocabulaire pour chorus boys et girls de Broadway et du West End – la voix off tonitruante et difficilement compréhensible, exprimée dans la langue de Trump, tend à prouver que l’impératif commercial risque de l’emporter sur la démarche artistique.

https://youtu.be/oiod3o_HCE0

Ce qui est donné à voir doit être mis en perspective avec la production actuelle. À cet égard, le retour à la danse mérite d’être loué. Surtout à un moment où la confusion est fréquente entre “non-danse” et théâtre, entre “seuls en scène” et formules éculées de “stand-up” et de café-théâtre pour cabotins – que ceux-ci aient eu une formation de danseurs ou pas. La série de tableaux proposée par Laura Arend est certes proche de numéros cabaretiers (cf. celui, remarquable, tout en contorsions, de Nitsan Margaliot) mais reconnaissons que c’est agréable à voir. La chose est bien agencée, avec des temps forts pleins d’énergie, d’autres où s’exprime la mélancolie. N’était le final admirablement exécuté quoique convenu après l’usage de la techno et du voguing un peu partout par les temps qui courent, de Rizzo à Chaignaud, pour ne prendre que deux des meilleurs exemples, tout est donc sous contrôle.

Soulignons pour terminer la pointe d’humour et d’autodérision de la chorégraphe lorsque Olivia Caillaud se met à courir en manège en sens horaire et que son collègue de bureau, Patrick Entat, l’interpelle bruyamment pour discourir sur la course, suivi par le quatuor en chœur discourant sur le discours. Le décibélomètre dans la salle, côté cour, indique alors 63 unités…

Et plus si affinités

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