White Shadow : l’horreur d’être blanc

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Alias est un adolescent orphelin miséreux qui tente de survivre en Tanzanie. Ce n’est déjà pas évident. Pour parfaire le tableau, Alias est albinos. Là on peut dire que c’est catastrophique car il ne fait pas bon avoir ce genre de particularité génétique en ces charmantes contrées et pour cause : là-bas l’albinos est considéré comme un demi dieu. Sympaaaaa, me direz-vous. Mouais … un demi dieu dont les organes valent cher sur le marché de la sorcellerie, en moyenne 650 euros un membre, 60 000 euros un corps. Sachant que le coeur d’albinos est un élément clé des sorts de protection les plus puissants, je vous laisse imaginer le résultat.

Un scénar de film d’horreur ? Un conte horrifique ? Non, une réalité, macabre, intolérable, vérifiable, relayée par de nombreux articles de presse, qui terrifie la population, accumule les cadavres d’adultes et d’enfants. Le nombre des victimes ne cesse d’augmenter, la protection des albinos devient cause nationale, avec bien des difficultés car ce juteux marché est pain béni pour échapper à la pauvreté qui règne là-bas. Mais cette réalité, on n’en a guère écho, perdue qu’elle est dans la déferlante d’infos noyant nos quotidiens. Du coup le film de Noaz Deshe prend valeur de mise en garde. Il faut dire que le récit des aventures de Alias est frappant car remarquablement interprété et tourné.

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D’un côté le réalisateur ne cache rien de la violence latente qui règne dans cet univers. Les séquences de tuerie, la brutalité des lynchages, les bagarres de rue, tout est filmé de façon crue, avec une caméra presque journalistique, qui suit le mouvement, dans l’aveuglement du soleil, de façon saccadée, étouffante. Cette férocité est niée par l’innocence, la candeur des scènes d’enfance, quand Alias joue avec son petit camarade Salum, quand il déclare son amour à sa cousine Antoinette (une déclaration absolument délicieuse par le truchement d’un vieux téléphone portable usagé ramassé dans un terrain vague), quand il retrouve d’autres jeunes albinos cachés chez des paysans. Cette douceur souligne la folie fanatique du monde adulte, sa cruauté, son immaturité.

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Plongées et contre plongées raccordent le ciel et la terre dans des loopings vertigineux comme pour insister sur la présence de l’élément sacré, menace constante pour la vie de ces êtres qui n’ont rien demandé, sinon vivre tranquillement. La superstition envahit et régente les consciences, donnant lieu à un commerce odieux dont les mafieux se repaissent. Lumineux et frais à certains moments, le film dérape dans l’oppressant d’une poursuite, la terreur d’une mise à mort. Les acteurs, pour la majorité amateurs (on notera la prestation étonnante d’Hamisi Bazili dans le rôle du jeune héros), développent un jeu oscillant entre interprétation réaliste et scansion des griots. Le tout dresse le portrait d’une Afrique multiple, appauvrie de ses croyances, riche de sa jeunesse et de ses différences.

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White Shadow sait avec une infinie beauté, une violence lucide, mettre en perspective tous les facteurs en jeu derrière cette déplorable situation, qui s’avère une extermination en marche.

Et plus si affinités

http://www.whiteshadow.info/

Delphine Neimon

Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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