LLTG Part 31 : Versailles en 3d, ou quand la geek culture rencontre l’histoire du patrimoine ?

On sait les réticences de certains membres du corps enseignant face au gaming et autres projections numériques dans des univers virtuels. Cet article devrait potentiellement les rassurer.

Eh oui, en ce mois de juin 2012, le château de Versailles lance le projet Versailles 3d qui accompagne l’inauguration des 11 nouvelles salles dédiées à l’histoire des bâtiments. Le projet est d’envergure et n’a rien à envier par son ampleur avec ceux entrepris au XVIIème siècle par le Roi Soleil.

Pour sensibiliser/préparer/informer le public amené à visiter des lieux complexes de par leur agencement architectural, la recette est la suivante :

  • un site web bien fourni en textes et illustrations
  • un jeu vidéo pour enfants, Pagaille à Versailles, où les pitchounets sont amenés à participer à la construction du château sous la direction des artistes qui l’ont inventé
  • des vidéos en 3d d’un réalisme saisissant
  • Chaos to perfection, application numérico-onirique de belle facture, mise en musique par le groupe versaillais Phoenix.

Le tout mis en action par les équipes conjointes du château et de l’institut culturel Google qui a joué les partenaires tout en apportant sa technologie.

Résultat des plus convaincants :

Nous ne saurons pas le coût exact de l’opération, les dirigeants de Google restant très discrets pendant la conférence de presse donnée dans l’enceinte de la résidence royale, préférant mettre en avant l’aventure humaine et le challenge technologique. Toujours est-il que les enjeux sont de taille : il s’agit de toucher les 70% de visiteurs d’origine étrangère (80 nationalités différentes) qui débarquent en ces lieux labyrinthiques sans en connaître l’histoire.

Du même coup on leur fait un petit rappel chronologique tout en leur montrant comment se repérer dans les bâtiments. Et au passage on leur donne envie d’en savoir plus. Interaction oblige, les vidéos diffusées sur le site le sont également dans les 11 salles qui racontent l’histoire du palais depuis ses balbutiements jusqu’à aujourd’hui en tâchant de nous rappeler les problématiques de son élaboration, entre jardins, palais, évolution de la fonction. Des salles au passé glorieux puisqu’anciennement appartements des princes du sang, tout récemment restaurés.

Nous y entrons pour découvrir des espaces vastes, où la lumière est diffusée de manière à embellir toiles et sculptures sans les abîmer. A noter :

  • les maquettes placées en regard des vidéos 3d ce qui démultiplie la perception
  • le dispositif tactile destiné aux visiteurs malvoyants et qui est extrêmement ingénieux
  • la reconstitution de l’opéra qui démontre la complexité des bâtiments.

Le tout se décline en harmonie avec ses extensions virtuelles sur la toile. Une belle synergie à n’en pas douter et une expérience muséographico-pédagogique qui privilégie l’interactivité. Et interroge le processus d’appréhension du savoir et de vérité historique.

Pavillon de chasse de Louis XIII, Versailles a été développé par un Louis XIV désireux de couper les ponts avec une capitale frondeuse qui lui avait causé bien du souci et dont il avait failli ne pas sortir vivant. S’il reflète des histoires humaines exceptionnelles, le château est avant tout le symbole de la monarchie absolue, un site où s’est précipitée une noblesse assujettie et castrée de ses désirs de révolte, où ambassadeurs et princes étrangers prenaient conscience de la puissance du royaume et de la force de l’Etat (la Galerie des Glaces a été conçue en partie à cet effet). Une vitrine superbe pausée sur des marais, loin d’une foule séditieuse qui débarquera un matin d’octobre 1789 pour ramener Louis XVI et sa famille de force à Paris.

Or, nous avons ainsi été frappés par le peu de références à la Révolution française dont certains évènements majeurs se sont pourtant déroulés à Versailles durant l’année 1789 : la réunion des Etats généraux le 4 mai, le Serment du Jeu de Paume le 20 juin, la création de l’Assemblée Nationale (qui sera suivie de multiples séances), l’abolition des privilèges dans la nuit du 4 au 5 aout, la marche des femmes de Paris sur le château les 5 et 6 octobre. Béatrix Saule, directrice du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, nous expliquera durant la visite, que l’équipe a eu des difficultés à aborder cette partie chronologique de par le manque de tableaux et de témoignages visuels.

De fait une grande partie du mobilier royal a été vendue et disséminée après le départ du roi ; quant aux bâtiments, ils ont été désertés. Malaisé donc de communiquer sur le sujet, auprès d’un public étranger peu au fait de notre Histoire, et qui n’a pas forcément envie de lire une thèse sur le sujet. C’est dans les vidéos et sur le site que les créateurs ont abordé la chose, sans la détailler plus avant. Pas d’oubli donc mais un choix dicté par l’obligation de vitesse propre au net. Restent les nombreux ouvrages historiques qui peuvent apporter ce savoir. L’ensemble de la boucle est conçue pour amener l’usager qui le désire à approfondir le sujet.

Outre ses qualités esthétiques, le travail énorme autour de Versailles 3d sonne l’ère d’un nouveau mode d’appréhension du savoir, pus transversal. Il est hautement symbolique que ce soit l’un des fleurons de notre patrimoine qui décide d’avancer de plein pied dans Ce futur technologique en chercheur, en pionnier.

 

Et plus si affinités

http://www.versailles3d.com/fr/