Théâtre : Monsieur chasse ! La gueuse plutôt que la bécasse !

Monsieur chasse ! vaudeville de feydeau mis en scène par Alain Feydeau en 1977 avec Michel Roux

Décidément, quand il s’agit de se vider les méninges, Feydeau s’impose comme une évidence. Autre pépite de son répertoire à savourer sans modération : Monsieur chasse ! Et vous vous doutez bien, connaissant un peu la réputation de notre vaudevilliste favori, qu’il ne s’agit pas de taquiner la pintade, mais plutôt la gueuse !

Duchotel, son rutilant fusil et ses cartouches

Effectivement, c’est le prétexte invoqué par Duchotel pour s’éclipser tous les weekends du foyer conjugal afin de soi-disant aller rejoindre son ami Cassagne et son coup de soleil à la campagne afin de trucider lapins et perdrix dont il ramène les corps ensanglantés à sa chère et trop confiante Léontine. En fait, Duchotel, son rutilant fusil, ses cartouches et son costume à carreaux vont se réfugier chez Madame Cassagne, séparée de son mari qui cherche depuis des années à la pincer avec cet amant mystérieux afin de faire constater l’adultère et de divorcer enfin.

De l’amour au cauchemar

De son côté, la sage et un peu sotte Léontine est courtisée par Moricet, médecin de son état, ami du couple et poète à ses heures, Moricet qui brûle de passion sans retour… jusqu’à ce que la dite Léontine découvre par un hasard que Duchotel la trompe et se fiche d’elle par-dessus le marché. Alors, en bonne héroïne de Feydeau qu’elle est, l’épouse bafouée décide de se venger. Loi du talion : elle couchera avec Moricet, qui l’entraîne dans un petit appartement loué tout exprès. Seulement voilà : avec Feydeau aux manettes, cela ne se passe jamais comme prévu. Et la soirée d’amour de Moricet va se transformer en cauchemar, idem pour Duchotel et Léontine.

Chat en poche -Feydeau  : « il y a un bouchon dans la colonne ! »

Un trépidant barnum

Car évidemment, tout ce petit monde se retrouve sur le même palier au milieu de la nuit, avec en prime les flics qui débarquent pour constater un adultère qu’ils n’arrivent pas à attribuer ! Ajoutons à l’équation une crise de nerfs, un vol de pantalon, une comtesse devenue concierge après avoir été séduite par un dompteur, un neveu qui préfère séduire les filles que de passer son bac, un épicier sourd qui préfère les terrines que les bourriches, un livre de poésie qui sert à caler les meubles… et vous aurez une faible, très faible idée du trépidant barnum que Feydeau met en branle pour se moquer des bourgeois et de leur bêtise crasse.

Une référence du genre

Créée en 1892, cette truculente comédie n’a pas pris une ride. La captation réalisée par Pierre Sabbagh dans le cadre de l’émission Au théâtre ce soir demeure une référence du genre, emmené à la mise en scène par un Alain Feydeau en grande forme, qui dirige avec énergie sur le plateau du Théâtre Marigny un casting d’exception : Michel Roux, William Sabatier, Françoise Fleury, Yvonne Gaudeau, Pïerre Mirat, le tout bien évidemment dans les décors de Roger Harth et les costume de Donald Cardwell. Une approche classique diront certains, mais qui respecte la cadence infernale de l’intrigue, le rythme des répliques, la logique des gags et des quiproquos.

La Main passe : d’un mari à l’autre, un vaudeville endiablé !

Une interprétation réaliste que rien ne freine, qui ne verse pas dans la caricature : exactement ce qu’il faut pour apprécier Feydeau à sa juste valeur, ses personnages n’ont pas besoin d’une mise en scène outrée pour en rajouter à l’absurdité cocasse de situations où ils se piègent tout seuls comme des grands ! Bref une heure 50 de fous rires en cascade, ça ne se refuse pas !