Théâtre / La Station Champbaudet – Labiche : « que les femmes sont c…alines ! »

« Que les femmes sont c…alines ! »… clame un domestique qui vient d’embobiner sa patronne. Et pourtant Madame Champbaudet, veuve, encore belle, n’est pas du genre à s’en laisser compter. Capricieuse, coquette, pingre, autoritaire … et amoureuse ! Voici le hic. Madame Champbaudet s’est entichée de Tacarel, jeune architecte qui débarque chez elle à heure fixe depuis des semaines pour discuter de l’érection d’un monument funéraire aux mannes du défunt époux. Piège bien sûr puisque le félon séducteur a en fait des vues sur la voisine du dessus, qu’il court visiter dés qu’il entend résonner l’air de « J’ai du bon tabac » au piano, signalétique efficace qui annonce le départ du mari. Eh oui, vous êtes dans La Station Chambaudet, un vaudeville trépidant et délirant signé de la main du sautillant Labiche, spécialiste du genre au même titre que Courteline et Feydeau.

Portrait au vitriol

Et on le comprend, car il fallait oser transformer cette pauvre veuve en station sur la route du bonheur adultère ; et ajouter : « Tiens ma station a un buffet » quand la dame propose à l’horrible personnage une petite collation. Et la pauvre femme n’est pas au bout de ses surprises car deuxième hic, le jeune architecte a des vues sur une demoiselle de bonne famille, dont le père va exiger le mariage de la dite veuve, pour casser cette « chaîne » affective dont il a eu vent par plusieurs indiscrétions. C’est là que ça se corse, car la dame n’a nulle intention d’épouser un autre que son cher architecte. Voici en substance l’intrigue à rebondissements multiples qu’échafaude Labiche. Un portrait au vitriol d’une société bourgeoise satisfaite de ses bassesses, qui se veut stricte et moralisatrice pour mieux vivre ses turpitudes sous le manteau.

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Hystérie féminine et stupre masculin

Pas très glorieux mais tellement drôle. Ironique au possible, et ces dames en prennent autant pour leur grade que ces messieurs. Guerre des sexes annulée, les belligérants étant aussi minables les uns que les autres. la mise en scène de Stanislas Chollat n’arrange rien, qui jongle sur l’hystérie féminine et le stupre masculin. Pour notre plus grand plaisir ! Le deuxième acte est une véritable prouesse du genre, qui présente la famille de la jeune promise comme lourdement tarée, avec notamment un ensemble de demoiselles complètement frustrées et névrosées, que c’en est à se rouler par terre. L’interprétation des acteurs en rajoute une couche dans le loufoque : il faut dire que mettre sur le même plateau Claire Nadeau, Lorant Deutsch, Bruno Solo, Pierre François Martin Laval, c’était prendre le risque du succès, et de la très grosse crise de rire.

Pantomime et cinéma muet

Ajoutons à cela des décors superbes, des parties chantées qui s’amusent du décalage fiction/réalité, tout en évoquant la pantomime, et le cinéma muet et nous obtenons un superbe divertissement, fait pour vider les méninges, exfilter les angoisses, sans prise de tête supplémentaire. De quoi rappeler que le théâtre n’est pas destiné aux élites. Un dernier point : big up à feu Jacques Herlin, qui interprète Durozoir, le futur et canonique époux de madame Chambaudet. Né en 1927, l’acteur a amené ses 86 printemps sur scène pour nous faire rire, avec une jubilation savoureuse, et une joie palpable d’être sur les planches devant nous. Que du bonheur !

Et plus si affinités

Vous pouvez voir ou revoir la pièce de théâtre La Station Chambaudet en VoD.