Théâtre / Calacas – Zingaro : La mort avec des mors

Bartabas nous fait redécouvrir la fête des morts. Loin des jours souvent tristes de notre premier novembre, le théatre de Zingaro nous fait voyager à cheval et nous emmène au Mexique pour « El dia de los muertos ». Calacas résonne comme un hymne à la mort débordant de vie.

Dans le cadre des Nuits de Fourvière le rendez-vous est donné à l’hippodrome de Bron, l’entrée se fait dans une obscurité complète où l’on devine sur la piste des dindons et des squelettes. La mort danse avec les chevaux sur des rythmes mexicains entrainants. Les acteurs ont enfilé des costumes de squelettes, on n’a pas peur de représenter le morbide qui voltige sous des couleurs vives. Ce spectacle baroque réunit l’art du théâtre équestre, de la danse, de la musique, du cirque …

Calacas – Zingaro aux Nuits de Fourvière 2012 par NuitsdeFourviere

Calacas est une danse macabre, on découvre ici les racines indiennes du Mexique dans la représentation de la mort. Ici rien n’est triste, les artistes sont perpétuellement en mouvement. Cette fuite en avant nous rappelle le carnaval où le cheval représente l’élan vital. Un double carnaval même, la cavale des chevaux a lieu au-dessus de nos têtes et devant nous grâce à une double piste circulaire. Ce spectacle onirique nous émerveille, les voltigeurs se balancent passant d’un cheval à l’autre, la performance est impressionnante et Bartabas réussit à nous faire partager la pratique aztèque de la joie devant la mort.

Bartabas est le fondateur du théâtre équestre de Zingaro et de l’académie du spectacle équestre de Versailles. Ses spectacles triomphent partout de New York à Tokyo, d’Istanbul à Hong Kong. Il définit le cheval comme la matière du spectacle, celui qui guide. Il compare son travail avec ses animaux à celui de la chorégraphe Pina Bausch avec ses danseurs.

Horace écrivit «  La mort rattrape ceux qui la fuient ». Toute la force de cette phrase s’illustre ici, le temps passe au rythme du cheval qui galope et le peuple mexicain a beaucoup à nous apprendre sur la façon d’appréhender le deuil. Telle une gravure de Posada ou le labyrinthe de la solitude d’Octavio Paz les mexicains fêtent la mort.

Le 1er et 2 novembre (jour de la première représentation de Calacas) c’est el dia de los muertos au Mexique. Les habitants vont dans les cimetières, mangent sur les tombes, dansent et chantent. Ce n’est pas un jour triste. On apporte des offrandes aux morts de sa famille, par exemple une bouteille de Tequilla pour les adultes. Le mexicain n’a pas peur de la mort, il cohabite avec elle. En ce sens Octavio Paz écrivit :

« Pour l’habitant de Paris, New York ou Londres, la mort est ce mot qu’on ne prononce jamais parce qu’il brule les lèvres. Le Mexicain, en revanche la fréquente, la raille, la brave, dort avec, la fête, c’est l’un de ses amusements favoris et son amour le plus fidèle. »

Ainsi par l’esthétique de ce spectacle, on oublie toute l’atmosphère habituellement morbide autour de ce thème, nous aussi nous voulons penser aux défunts en souriant. Bartabas nous apprend à nous moquer de ce qui nous effraie et à lui rendre hommage à l’image des mexicains.

La musique a aussi un rôle prépondérant dans cette représentation, elle est dynamique et entrainante. On découvre le chinchinero qui est un « homme d’orchestre » d’Amérique latine. Représenté par un couple dans le spectacle, le père et le fils, il porte sur son dos une grosse caisse qu’il frappe avec deux batons et des cymbales.

Ainsi les 1h40 de spectacle sont un voyage dépaysant, accessible à tout âge ce spectacle émerveille petits et grands. On ressort avec des étoiles dans les yeux et des rythmes mexicains pleins la tête. Une jolie leçon de vie. Si la mort est aussi belle que ce spectacle, ne craignons plus rien ça doit être une sacrée fête dans l’au-delà.

Et plus si affinités

http://www.bartabas.fr/fr/Zingaro/spectacles-9/Calacas