Pistol : l’aventure des Sex Pistols est d’une actualité confondante

série Pistol

Je l’attendais avec impatience ! Et j’avoue avoir kiffé très intensément les 6 épisodes de la série Pistol, menée à un train d’enfer par un Danny Boyle particulièrement inspiré et une team d’acteurs déjantés. Il fallait au moins ça pour restituer avec vraisemblance la folie furieuse que constitue l’équipée des Sex Pistols et la naissance du punk dans le berceau d’une Angleterre décadente prête à l’implosion.

Pistol n’est pas une fresque historique

Vraisemblance : je sais, l’adjectif fait tâche quand on évoque la trajectoire auto-destructrice de cette grande escroquerie du rock’n’roll. Et pourtant : ce récit s’appuie sur les mémoires de Steve Jones himself, membre fondateur de ce groupe dont on peut se demander s’il n’en fut jamais un. Les souvenirs évoqués dans Lonely Boy : Tales from a Sex Pistol servent ici de trame à l’australien Graig Pearce, par ailleurs scénariste de, tenez-vous au pinceau, je retire l’échelle, Ballroom Dancing, Roméo + Juliette Moulin Rouge, LA trilogie signée Baz Luhrman, à laquelle on peut ajouter le récit du très récent biopic Elvis.

Bref le gars en a sous le capot quand il s’agit de raconter des histoires dingues sur un rythme narratif barré. Associé à Danny Boyle, à qui l’on doit, entre autres et je le rappelle par acquit de conscience, Petits meurtres entre amis, Trainspotting et 28 jours plus tard, cela fait bien plus que des étincelles. Si Pistol a le mérite de replacer avec justesse la naissance du mouvement punk dans un contexte social spécifique (au milieu des années 70, l’Angleterre est sclérosée, les clivages sociaux sont légion, le chômage frappe, l’hypocrisie règne) et un ancrage musical varié où les influences vont de Bowie au reggae en passant par la pop et le classique, il ne tombe jamais dans le ronron de la fresque historique.

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Boucan et lucidité

Bien au contraire ! L’aventure de Steve Jones et de ses potes est d’une actualité confondante, presque flippante. J’irai même jusqu’à dire qu’on n’a plus vu pareille énergie depuis leur passage éclair au firmament du rock. Pour sûr, ils ont foutu et un bordel mémorable, et demeurent inégalés en la matière. Il faut dire qu’ils ont chargé la mule, chacun apportant avec lui son pesant de casseroles pour faire un max de boucan. Un boucan au finish d’une rare lucidité : la série permet notamment de redécouvrir le répertoire du quatuor infernal et ses textes ! La force de frappe est toujours là, intacte, de même le questionnement sur ce parcours aussi flamboyant et chaotique qu’éphémère.

Difficile de regarder ces images percutantes et magnifiquement travaillées, entrecoupées de documents d’époque, sans qu’un inévitable « Et si ? » ne vienne nous titiller les méninges ? Et si Malcolm McLaren ne s’en était-pas mêlé ? Et si Steve Jones n’avait pas été un enfant martyr ? Et si Sid Vicious n’avait pas croisé la route de Nancy Spungen ? Et si John Lyndon avait été plus sage, plus obéissant ? Et si ? Et si ? À la pelle, à chaque minute de cette aventure haletante, dont on ressent la vibration dans tout son corps, avec des pics d’intensité, un sentiment de libération, d’exaltation, d’exultation incroyable.

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Un avertissement, une injonction

« We’re creating a revolution » s’exclame McLaren pour rebooster ceux qu’il considère plus comme des assassins que des musiciens. Une révolution qui va les broyer, mais s’il n’en avait pas été ainsi, seraient-ils passés à la postérité ? Les Sex Pistols, le Broomley Contingent, Vivienne Westwood, Siouxsie, tous les autres dont on identifie les silhouettes au premier coup d’œil tant ces mômes ont marqué l’inconscient collectif avec leurs looks agressifs, leur transgression permanente, leurs prises de risque permanentes. Pour les interpréter, une brochette de jeunes acteurs fabuleux : Toby Wallace, Thomas Brodie-Sangster, Anson Boon, Louis Partridge, Jacob Slater, Christian Lees, Talulah Riley, Sydney Chandler, Emma Appleton…

Et comme une synthèse impressionnante de cette épopée sauvage, Maisie Williams, grandiose Arya Stark devant l’Éternel, qui arbore ici la crinière peroxydée et les yeux charbonneux de Pamela Rooke, icône punk et féministe capable de prendre le train nue sous son imper transparent, car la révolution commence par le vêtement ! D’aucuns pourraient penser que Pistol est un hommage. Fuck off ! C’est un avertissement, une injonction : nous avons tout intérêt à réveiller cette pulsion de créativité formidable qui sommeille en nous, c’est le seul moyen de survivre aux duretés et aux fadeurs de notre temps et de réinventer le monde. Eux l’ont fait ? À nous de jouer !

Et plus si affinités

Vous pouvez voir la série Pistol sur la plateforme VoD Disney+.