Sur ordre de Dieu : enquête sanglante au cœur du peuple Mormon

Avoir la foi, pourquoi pas ? Mais, quand ça tourne au fanatisme et que ça entraîne des morts, c’est beaucoup plus problématique. Surtout quand ces morts sont une jeune femme et un bébé sans défense. Surtout quand toute la communauté religieuse fait bloc pour entraver l’enquête. Tirée d’une histoire vraie, la série Sur ordre de Dieu, aka Under the Banner of Heaven diffusée sur Disney+, nous emporte dans les méandres d’une affaire sordide, au cœur de la religion mormone.

Un bain de sang aux allures de sacrifice

Tout commence donc par un bain de sang. Eté 84 : Brenda Wright Lafferty et sa petite fille d’un an sont retrouvées chez elles, proprement massacrées. L’horreur absolue : dans le voisinage, c’est l’incompréhension. Les habitants de cette ville de l’Utah sont mormons, et chez les Mormons on ne tue pas. Un malfaiteur de passage ? Un fou ? Un psychopathe ? Qui a pu accomplir pareille atrocité ? L’inspecteur Jeb Pyre enquête, et très vite, il doit se rendre à l’évidence. C’est un proche qui a perpétré ces meurtres.

Le mari, sur un coup de folie, une crise de colère ? Le couple vivait des tensions. Mais, au fur et à mesure qu’il creuse dans ces vies, Pyre découvre autour de l’époux une famille, un patriarche dur comme l’acier, des frères endoctrinés, des belle-sœurs soumises, effacées. Ce que Brenda n’était pas, se revendiquant comme moderne et ouverte bien que très religieuse. Est-ce cela qui a causé la perte de cette jeune fille brillante et aimante ainsi que son enfant ? Qui a pu ainsi sacrifier ces deux âmes et pourquoi ?

Dans les eaux troubles du fondamentalisme

En sept épisodes prenants, Dustin Lance Black nous propose une plongée dans les eaux troubles et sombres de la logique fondamentaliste. Petit à petit, on découvre les dérives sectaires du clan Laferty, dérives accentuées par le décès de ce père en apparence bon et juste, en réalité tyrannique et brutal. Très profondément et sincèrement porté par sa foi mormone, l’inspecteur Jeb Pyre ne se reconnaît absolument pas dans ce dévoiement ; et plus il avance dans ses investigations, plus il doute, plus il souffre, plus il lutte.

Ce combat intérieur s’accroit avec la prise de conscience que la communauté mormone fait corps pour entraver la marche de la justice et empêcher que vérité soit faite au grand jour. Il faut à tout prix protéger ce clan considéré par tous comme un modèle, même s’il s’avère qu’ils ont commis l’irréparable, qu’ils ont tué sans pitié et avec un sadisme effrayant une jeune fille qu’ils considéraient comme diabolique et son bébé, fruit du péché. Confronté à ce mur de silence, ce consentement qui ne dit pas son nom mais qui trahit tous les engagements de son église, Pyre perd ses repères.

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Violence, hypocrisie et non-dit

Cette perte des valeurs, ce doute qui le ronge, voici le véritable intérêt d’une série largement inspirée par le livre du même nom signé du journaliste Jon Krakauer et qui détaille ce fait divers aussi tragique qu’insupportable. Andrew Garfield prête sa jeunesse, sa candeur, sa vibration au personnage de Pyre. À ses côtés, Gil Birmingham dans le rôle de son collègue, le très posé et plus expérimenté Bill Taba, enquêteur d’origine indienne, qui doit affronter le racisme latent de cette communauté finalement bien plus rétrograde et intolérante qu’elle le prétend.

On notera également la présence de Rory Culkin, Billy Howle, Wyatt Russel, Daisy Edgar-Jones dans un casting tout en nuances, qui plante parfaitement cette atmosphère de violence latente, d’hypocrisie, de secret, de non-dit. Sur ordre de Dieu offre par ailleurs l’occasion de pénétrer les arcanes d’une religion dont on discerne mal les contours. La série permet d’interroger la question de l’adaptation de la foi aux réalités du monde moderne. Est-ce servir sa croyance ou la trahir ? Quand le respect de la tradition devient-il régression et menace ?

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Delphine Neimon

Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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