Rétrospective Philippe Halsman : Étonnez-moi !

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La rétrospective Philippe Halsman (1906-1979) intitulée Étonnez-moi présentée au Jeu de Paume jusqu’au 24 janvier 2016 est réjouissante, tant il est vrai qu’elle fait la part belle à nombre de stars, starlettes et autres artistes glamour d’après-guerre, en France et aux États-Unis. Instructive également, dans la mesure où nous y découvrons les travaux plus expérimentaux du photographe dans sa période créative des années trente puis dans sa collaboration avec Dali et… Fernandel.

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Portrait d’Alfred Hitchcock pour la promotion du film Les Oiseaux 1962 Philippe Halsman Musée de l’Elysée. © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

Trois cents réalisations en tous genres (du réalisme poétique au surréalisme, en passant par la Nouvelle vision), tous formats (de la planche-contact à l’affiche et à la couverture de journal) tous supports (du “baveux” au tirage argentique le plus fin), toutes teintes (du noir et blanc à la couleur, toujours avec la même exigence plastique), tous moyens (surimpression, retouche, photomontage) rythment un accrochage net et précis, suivant un ordre chronologique que les commissaires de l’expo, Anne Lacoste et Sam Stourdzé, n’hésitent pas, par endroits, à bousculer en consacrant plusieurs salles à des thèmes, des séries, des motifs, voire à des modèles plus particulièrement chers à l’artiste. On pense, bien sûr, à ceux, sautillants, se prêtant au jeu ou au “concept” psycho-physiologique de “jumpology”, captés sous la forme d’instantanés censés en dire long sur leur personnalité, mais aussi aux mises en scène qu’on qualifierait de nos jours de “performances” de Marilyn, Fernandel, Hitchcock ou Dali.

De 1934 à 1940, date où il quitte la France occupée pour les États-unis grâce à la recommandation d’Albert Einstein, qui lui avait déjà sauvé la mise (lorqu’il fut injustement inculpé dans son pays natal, en Lettonie, pour… parricide et, peut-être également en appuyant sa demande d’accueil dans l’hexagone, en 1931, auprès de Paul Painlevé, ministre de l’Air et mathématicien internationalement reconnu), Halsman alterne reportages de rue (au départ avec l’appareil Kodak 9 x 12 offert par le fils du ministre, Jean Painlevé, futur cinéaste scientifique proche du surréalisme) et clichés pris dans son studio parisien. Le photographe n’a certes pas encore opté pour une manière lui permettant de se distinguer de ses collègues mais éprouve le besoin de signer ses images à l’encre de Chine, considérant la photo non comme une simple technique mais comme un art – par la suite, aux USA, il obtiendra d’ailleurs des éditeurs la mention du crédit photo sur ses publications.

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Autoportrait 1950 Philippe Halsman Archives Philippe Halsman. © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

À cette époque, ses capacités techniques sont telles qu’il commence à se faire un nom dans la profession en publiant dans les magazines Harper’s Bazaar, Le Journal, Le Journal des modes, Le Monde illustré, Visages du monde, Vogue, Vu et Voilà qu’il illustre avec les portraits de Marc Chagall, Le Corbusier, André Malraux, André Gide, etc. Parallèlement, il expose à la galerie d’avant-garde de la Pléiade de Jacques Schiffrin, aux côtés, notamment, de Man Ray, Kertész, Brassaï et Laure Albin Guillot. À peine débarqué à New York, il travaille pour des journaux comme Life, illustré uniquement par la photographie, et contribue à la célébrité de personnalités comme Rita Hayworth, Duke Ellington, le duc et la duchesse de Windsor, Richard Nixon, Albert Einstein et, naturellement, Marilyn Monroe. Il réalisera 101 couvertures de Life, dont un florilège est affiché à mi-parcours de l’exposition.

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Louis Armstrong 1966 Philippe Halsman Archives Philippe Halsman. © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

La destination médiatique de ses photos américaines lisse la moindre des aspérités. Le style du photographe ainsi s’efface, sous le dictat, énoncé ou implicite, de transparence propre à l’esthétique (à l’idéographie et aussi à l’idéologie) publicitaire ou à celle de la photo de mode, qui privilégient toujours le produit sur le point de vue, le contenu sur la forme, le message sur le médium. Halsman, qui a le sens de l’humour et l’empathie pour certains de ses modèles – des “gueules cassées” des clochards parigots aux éléments du look extravagant de Davida Dollars et de son attribut à poils qui est à l’origine de l’album de 1954 Dali’s Mustache, en passant par la tronche comme telle assumée d’un Fernandel avec lequel il met au point en 1948-49 l’idée de “picture book”, ou, au contraire, le charme captivant d’une Marilyn – compense par des audaces qui franchissent la barrière de la censure : on pense au gros plan de fesses faisant la couverture d’un numéro de Life, aux rêves de la série Dali Atomicus fixés sur pellicule au bout d’un nombre incalculable d’heures et d’essais, aux saynètes photographiées avec Miss Monroe.

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Dean Martin et Jerry Lewis 1951 Philippe Halsman Archives Philippe Halsman. © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

Et plus si affinités

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Nicolas Villodre

Posted by Nicolas Villodre