QUAIS DU POLAR 2011 – Rencontres : Jean d’Aillon & Lars Kepler, deux visages du polar d’aujourd’hui.

En tant que rédacteur musical, ma rédactrice en chef n’a pas trouvé mieux pour me plonger dans le grand bain des « accréditations presse » que de m’envoyer … à un festival de littérature.  Et un festival de littérature de « polar » qui plus est. Si cela avait été un festival de livres pour enfants comme Ratus ou Martine, j’aurai pu y aller confiant mais là….

C’est donc avec les mains moites et le dos humide que je me dirige en ce samedi 26 mars vers le Palais du Commerce de Lyon qui accueille Quais du Polar. Immergé dans la chaleur du printemps naissant, je pars à la recherche d’infos et de rencontres intéressantes. A la base, je devais surtout démarcher et faire du bruit autour du beau bébé que nous venons de lancer. Mais j’ai très vite compris que je n’étais pas fait pour être VRP. Le porte-à-porte, même artistique, ne me convient pas.

J’ai donc préféré entrer directement dans le vif du sujet, et rencontrer les têtes d’affiche du festival. Dans la salle principale où se déroulaient les dédicaces, un rapide coup d’œil me permit de comprendre que deux des  vraies stars du jour étaient Jean d’Aillon et Lars Kepler.

Deux visions du polar, deux styles d’écriture, deux  univers différents. Je me présente, tout sourire … Rencontres …

Jean d’Aillon

Né en 1948, Jean d’Aillon n’avait, à la base, rien fait pour se retrouver un jour à un festival de littérature. Docteur d’état en Sciences économiques, il a passé une grande partie de sa vie à dispenser des cours à l’université puis dans l’administration des finances au sein de la Commission Européenne. Et pourtant… Il a depuis écrit une trentaine de romans historiques, se fondant sur des histoires vraies en y incorporant des romances, produisant des thrillers prenant place dans le sud de la France, mais aussi ailleurs, Londres, Paris, etc…

Avec la confiante naïveté qui me caractérise, je m’approche de ce mastodonte de la littérature et lui demande : « Auriez-vous un quart d’heure à me consacrer ? ». Et c’est avec une gentillesse toute aussi épatante que Monsieur d’Aillon n’hésite pas et m’accueille à ses côtés. Voilà ce qui en est sorti.

Tout d’abord, un grand merci de m’accueillir. Qu’est-ce qui vous a poussé à changer de voie et à passer de la rédaction d’article scientifique à l’écriture de roman policier ?

J’ai commencé pour « m’amuser », à écrire de mon côté. Avec mon premier roman, je n’ai pas trouvé d’éditeur. Et puis un jour, ma fille a écrit un livre de pharmacie et elle cherchait à son tour un éditeur. Donc ça m’a donné l’idée de créer ma propre maison d’édition pour publier le sien et le mien. Mon premier livre a couvert les frais de publication donc j’ai continué et puis à force le succès a grandi,  jusqu’au moment où je n’arrivais plus à couvrir les frais. D’autant plus que Gérard Collard m’a demandé 500 exemplaires de mon livre parce qu’il l’avait aimé. Le problème étant que ce chiffre correspondait au tirage annuel que je faisais pour mes livres… J’ai songé à revendre mes droits, mais sans succès. Et puis un jour Gérard Collard a parlé de moi dans une émission de télévision, que je n’ai pas vu puisque je n’ai pas la télé et dès le lendemain, j’ai reçu des offres, dont une de Michèle Laffont et après j’ai signé les contrats et c’était lancé…

Comment faites-vous pour harmoniser la vérité historique et la fiction romanesque ?

J’essaye d’être le plus proche de la réalité historique, en épluchant des documents d’époque, des mémoires, etc… Et par la suite j’y insère mon intrigue, ma création, tout en essayant d’être au plus proche de la réalité par rapport au contexte, aux événements, etc…

Dans certains de vos romans vous faîtes référence à des personnalités oubliées. C’est une volonté propre ou le hasard qui vous fait tomber sur ces personnes ?

J’aime parler de personnalités oubliées au cours de l’Histoire, car c’est selon moi très intéressant et puis, il y en a beaucoup donc… Et puis, je ne suis pas le seul, Dumas l’avait avant moi, ne serait –ce qu’à travers d’Artagnan !

Selon vous, est-ce que vos romans sont une « autre façon » d’aborder l’histoire ?

Je ne me considère pas du tout comme un historien. Ce sont avant tout des romans. Néanmoins, si cela peut aider mes lecteurs à ensuite d’intéresser à l’Histoire, j’en suis ravi !

Enfin dernière question, j’ai lu que vous considériez L’Île mystérieuse de Jules Verne comme un polar. Pourquoi ?

 

C’est un polar parce que lorsque les personnages arrivent sur l’île, ils sont témoins d’étranges évènements, ils sentent qu’il y a une présence sur l’île. Ils ont donc peur, ils ne sont pas rassurés et pour moi ceci est la base d’un polar . Même s’il n’y a ni crime ni meurtrier, il y a la peur des personnages avant qu’ils découvrent le Nautilus….

Et plus si affinités

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_d%27Aillon

http://jdaillon.canalblog.com/

 

 

Lars Kepler

Après ce premier coup d’essai ma foi assez fructueux, je m’attelle à attirer Lars Kepler dans mes filets. Mais là, c’est une autre histoire, le public est plus nombreux, il faut donc jouer des coudes pour s’approcher et le badge « journaliste » qui ne cesse de piquer délicieusement mon téton gauche n’y change absolument rien. Seule ma taille (si si, 1m90, ça peut servir) m’aide en la circonstance …

Une fois arrivé face à eux, je me sens un tout petit peu con, et particulièrement impressionné. Le couple de suédois, encensé par Le Parisien (qui considère L’hypnotiseur, leur dernier livre comme le « Polar de l’hiver ») me regarde calmement en train de leur demander une interview, le tout en anglais. Et là encore, la magie opère. Sans hésiter ils acceptent un entretien… après la fin de la séance de dédicaces, succès oblige…

(Im)patiemment j’attends devant le Palais du Commerce, l’heure fatidique : 18 heures. A 18 heures passées de 5 minutes, je me retrouve enfin seul avec eux. Et cette fois ci, le destin a l’air un peu moins complaisant. Après avoir arpenté les deux étages du bâtiment, pas une  salle de libre. Je les regarde et ne trouve rien d’anormal à leur proposer d’aller boire un café ensemble, histoire de bavarder de choses et d’autres, comme trois bons vieux copains.

Sans même sourciller, ils acquiescent et me suivent, ravis de faire une pause semble-t-il. Grand seigneur, je les invite. Une fois attablé au « Chri’s », je commence à poser mes questions.

Pourquoi écrire en couple ?

Alexandra Coelo Ahndoril : A force de travailler durant de longues périodes chacun de notre côté, nous avions tendance à nous sentir un peu seuls. Nous avons essayé et puis nous nous sommes rendu compte que c’était bien mieux de travailler à deux ! D’autant plus que nous avions déjà nos propres expériences chacun de notre côté.

Alexandre Ahndoril: Ensemble on peut confronter instantanément les idées, voir si elles fonctionnent…

Cela a-t-il changé quelque chose dans votre vie, dans vos rapports ?

Alexandra : Tout a changé !!! Absolument tout !

Alexandre : C’est une chose géniale de pouvoir partager de la sorte notre succès. On traverse le monde ensemble, vivre ces moments-là à deux est une chance !

Vous ne regrettez donc rien ?

Alexandra : Non ! Rien. Sauf pour nos enfants ! C’est un peu plus dur pour eux, ils n’aiment pas nous voir partir !

Alexandre : Ils sont chez mes parents en ce moment donc c’est un moindre mal…

Alexandra : En tout cas dans notre vie de couple ça nous a rapproché.

D’où vient ce pseudonyme ? « Lars Kepler » …

Alexandre : On voulait un nom qui puisse s’apparenter à un nom de « détective », quelque chose qui en jette ! Kepler a une bonne sonorité. Et puis en plus on a choisi ce nom en référence au scientifique allemand qui finalement, à travers son travail, a eu une attitude similaire à un détective.

Alexandra: Oui, la recherche d’indices dans les enquêtes, et l’ensemble du travail de détective sont similaires à l’approche du scientifique. Lars, ça vient de moi par contre ! C’est un nom assez courant, et puis c’est pour rendre hommage à Stieg Larson.

En parlant de Stieg Larson, comment expliquez-vous  l’explosion de la littérature scandinave, et particulièrement dans le domaine des polars ?

Alexandra : En Scandinavie, on accorde une énorme importance aux traditions, aux légendes, et je pense que cela attise la curiosité du reste du monde. Les gens sont curieux.

Alexandre : Et puis on a un large public, hommes et femmes confondus.

Alexandra : Oui, vu qu’on est deux, on intéresse autant les hommes que les femmes. Et puis par exemple, je pense que c’est intéressant pour un homme d’avoir la vision d’une femme à travers nos livres, et vice-versa.

D’ailleurs la Scandinavie et principalement la Suède, fait office de modèle dans notre pays grâce à son organisation sociale etc…

Alexandre : Oui mais nous, étant donné que nous vivons dans cette société nous avons l’opportunité de parler d’elle « de l’intérieur ». Finalement, si en Europe vous nous idéalisez, nous vous apportons des informations que vous ne pouvez pas avoir. Ce n’est pas un paradis !

Alexandra : C’est vrai, tout n’est pas idéal.

Est-ce qu’on peut dire que le duo que vous mettez en scène dans vos livres est un portrait de vous mêmes ?

Alexandra : Non je ne pense pas. Ce que nous écrivons vient de nous, donc il y a des similarités mais nous ne nous mettons pas en scène à travers nos romans. Nous nous inspirons de nos peurs par contre. Par exemple, nous sommes parents de trois enfants donc quand nous écrivons sur des problèmes qui arrivent à des enfants, ce sont nos peurs qui ressortent. Mais les similarités s’arrêtent là.

Alexandre : Aussi, pour le roman L’hypnotiseur, nous avons décrit notre propre appartement ! Celui dans lequel nous vivons à Stockholm. Et c’était tellement réel que durant une période nous avions peur lorsque nous étions à la maison ! Nous vérifiions à plusieurs reprises que la porte d’entrée était bien fermée ou des choses dans ce style ! (Rires partagés !)

Enfin, dernière question, j’ai lu que vous écriviez en essayant de retransmettre ce qu’on pouvait ressentir devant un thriller sous forme de film. Comment cela se manifeste-t-il ?

Alexandra : En fait nous utilisons uniquement le présent par exemple, parce que pour nous, c’est important que le livre soit réel et se vive sur l’instant. C’est le seul moyen pour nous de transmettre les émotions d’un film comme la peur etc… L’atmosphère des films se ressent grâce au présent….

Et plus si affinités

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lars_Kepler

 

Léonard Royer de la Bastie : interview, rédacteur, photographe, traducteur.