Potiche : il faut toujours se méfier des cruches !

Et ça, Robert Pujol va en faire la désagréable expérience, ce qui nous vaut un des succès de Barillet et Gredy, dramaturges dominant le théâtre de boulevard après-guerre avec Le Don d’Adèle, Fleur de Cactus, Folle Amanda, Peau de Vache … bref un répertoire chatoyant où la femme occupe une place centrale. Et tout particulièrement dans Potiche.

Un mari comme on aime les détester

Potiche : c’est ainsi que Robert Pujol susnommé considère Suzanne, sa femme. Épousée pour sa fortune et l’usine de son père, usine que Robert mène depuis d’une main de fer tout comme son ménage, sans aucun gant de velours. Un patron et un mari comme on aime les détester, de droite, arrogant, colérique, adultère, insultant, se croyant tout permis … un grossier personnage qui écrase cette pauvre Suzanne, tout juste bonne à tailler ses rosiers et participer aux cérémonies officielles où son salopard d’époux refuse de se rendre.

Patiemment, depuis des années, Suzanne encaisse, le sourire aux lèvres, sans rien dire. Jusqu’au jour où Robert va trop loin, avec elle comme avec ses ouvriers. Pris en otage dans son bureau par ses salariés, c’est Suzanne qu’on bombarde directrice par intérim pour calmer la grogne des grévistes. Mission dont elle va s’acquitter avec brio, et un sens certain du spectaculaire. Car la potiche est loin d’être une cruche, et va le faire savoir autour d’elle, gagnant au passage son émancipation, inversant les tendances pour conquérir sa liberté.

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Plafond de verre

La pièce a beau daté de 1980, elle sonne très juste encore aujourd’hui, où le plafond de verre peine à se craqueler pour laisser ces dames investir les postes à responsabilité tout en revendiquant une vie amoureuse sans contraintes faussement morales. Suzanne, du haut de sa cinquantaine pas si mémère que ça, incarne ce triomphe tranquille et heureux de la maturité souriante en renvoyant gentiment les mâles dominants de son entourage au placard. Et pour donner un relief supplémentaire à ce personnage haut en couleurs, la Maillan bien sûr.

Qui d’autre du reste ? A croire que le rôle a été pensé, taillé pour elle. Elle se glisse avec délices et beaucoup d’intelligence dans la mise en scène de Pierre Mondy, initialement créée au théâtre Antoine avant d’être reprise au Théâtre du Gymnase pour être captée par les caméra de l’émission Au théâtre ce soir. Aujourd’hui, c’est sur la chaîne Youtube de l’INA qu’on peut voir et revoir ce petit bijou de spectacle, où Jacqueline Maillan donne notamment la réplique à son vieux complice Jacques Jouanneau (parfait en mari tyrannique) et à Pierre Maguelon, truculent dans son rôle de vieux gauchiste amoureux.

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Du théâtre de boulevard pur jus donc que cette Potiche délicieusement trompeuse, mais avec un regard finalement très futuriste pour ne pas dire prophétique et féministe. Bref, l’occasion de rire aux éclats et intelligemment en appréciant ce casting dynamique, et cette mise en scène ô combien trépidante.

Et plus si affinités

https://www.youtube.com/watch?v=ytePwi8qG_E