Phèdre aux Célestins : « Ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente »

Ouvrir une nouvelle saison avec une des plus belles œuvres de la littérature française n’est pas facile. Choisir le talentueux Christophe Rauck pour la mise en scène met cependant toutes les chances de votre coté, avec la certitude que qu’il saura révisiter cette  œuvre sublime sans jamais trahir l’univers Racinien qu’elle porte.

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© Anne Nordmann

Phèdre : c’est ce chef d’œuvre de la mythologie, exemple de la perfection du classicisme, que le théâtre des célestins met à l’affiche. Symbole de la tragédie, poésie de l’alexandrin, esthétisme de la Grèce Antique. Racine est un tragique mais un tragique humaniste et chrétien. Personnage éponyme aimant et souffrant d’une passion incestueuse, la Phèdre de Rauck est ici à la limite de la folie. L’histoire toujours cadrée par l’unité de temps, de lieu et d’action s’envole dans une course trépidante vers la fatalité : on dit Thésée mort, Phèdre déclare son amour incestueux, le père revenant revenu,  la descente aux enfers s’accomplit.

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© Anne Nordmann

La pièce répond à un ensemble de règles énoncées par Boileau, la mise en scène contemporaine est toujours une chose délicate. On se souvient de la Phèdre de Chéreau, œuvre magnifique oubliant la bienséance pour faire tomber la dépouille d’Hyppolite sur scène. Ici Rauck prend quelques libertés sans jamais dénaturer la tragédie. En effet on a du mal à imaginer le grand Thésée prendre son bain, pourtant avec cette même eau la condamnation d’Hyppolite à Neptune revêt l’horreur tragique.

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© Anne Nordmann

Les décors magnifiques et recherchés font partie intégrante du spectacle. La tapisserie du maître des chevaux rappelle le XVIIème, tombant au moment du récit de Théramène elle fait écho à ce vers célèbre « Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ». Le choix trop tranché de couvrir Phèdre uniquement de blanc et de noir, à la limite de la farce, renvoie à ce « ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente » de sa préface.

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© Anne Nordmann

Quatre siècles plus tard, une seule chose est certaine : Phèdre demeure hors du temps. Pas d’identification devant ces criminels exemplaires seulement de la terreur et de la pitié ressentie sous cette tragique fatalité. Point de suspens ou d’espoir, on le sait, tout le monde périra. Ce n’est pas la chute qui nous intéresse, ce sont les moyens d’y parvenir. Belle mise en scène rendant hommage à cette tragédie profane, au rythme du magnifique alexandrin racinien, la salle est portée. Personne ne peut rester insensible, pas même les élèves de première qu’on peut entendre à la sortie déclarer « Quelle salope cette Phèdre », forcement on est touché …

Et plus si affinités

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