Paris Police 1900 : Braquo Art Nouille ?

affiche de la série paris police 1900

France, 1899 : la Belle Époque. La IIIeme République, accouchée dans la débâcle de Sedan, sort de ses langes. Fragile, vacillante, constamment menacée par une extrême-droite virulente, violemment antisémite, excitée par la condamnation de Dreyfus, plus encore par la perspective de sa réhabilitation. Pour couronner le tout, Felix Faure, président de son état, vient de mourir de plaisir entre les lèvres de sa maîtresse, suscitant un scandale qui déséquilibre fortement le gouvernement et la crédibilité des parlementaires. C’est dans ce climat nauséabond que débute la série Paris Police 1900 pour nous conter, entre autres, les événements de Fort Chabrol. Et il faut reconnaître que la nouvelle production de Canal + fait ce qu’il faut pour nous prendre aux tripes.

Des valises sur la Seine

Des tripes justement, les huit épisodes de cette saisissante enquête n’en manquent pas, qui pataugent dans la boue sanglante des abattoirs de la Villette. Où on n’égorge pas que du bétail visiblement. Peut-être est-ce là qu’on a découpé cette mystérieuse jeune femme dont on retrouve les morceaux bien rangés dans deux valises flottant sur la Seine. Une énigme que le jeune inspecteur Jouin est chargé de résoudre, histoire d’alourdir un peu plus la charge émotionnelle qui terrasse ce grand sensible prompt à la bagarre et au coup de colère à chaque nouvelle scène de crime. Là aussi, il y a de quoi faire dans un Paris où pullulent prostituées, souteneurs, assassins, violeurs, drogués, maîtres chanteurs, émeutiers, informateurs …

Lépine, archange républicain

Les couloirs de la police judiciaire n’échappent pas à cette atmosphère d’intrigue ; tous les coups sont permis pour monter dans la hiérarchie, briguer la place de l’autre, accumuler du pouvoir … quitte à oublier la vocation première de la police qui est de protéger les citoyens. Une mission que la plupart des gardiens de la paix n’a pas tout à fait intégrée dans ses principes, et que le préfet Lépine, archange républicain d’une intransigeance exemplaire, va se charger de positionner comme socle idéologique d’une police moderne, efficace et fiable. Usage de la bicyclette et du téléphone, identité judiciaire, collecte des éléments de preuve sur la scène de crime, examen médico-légal … chaque épisode apporte son lot d’innovations.

Crasse des bas-fonds, décadence des salons

Le bertillonnage est alors à la mode. Tout le monde y passe, criminels, racoleuses, femmes adultères, la préfecture au grand complet, les bourgeoises parisiennes en manque de sensation … Et pendant ce temps, le pogrom menace, un coup d’état s’orchestre dans l’ombre, … auquel notre inconnue, éparse dans sa valise flottante, n’est peut-être pas étrangère ? Brodant sur cette intrigue, Fabien Nury, scénariste de BD qui inscrit à son palmarès quelques pépites comme Je suis légion, W.E.S.T. ou La Mort de Staline, tisse une trame obscure et déjantée, où les actions se croisent, se recoupent, s’emmêlent dans un climat irrespirable qui vaut largement celui de Babylon Berlin. Crasse des bas-fonds, décadence des salons … Paris Police 1900, c’est Braquo en mode Art Nouille.

Rumeurs destructrices

Inspirée de faits réels, de personnages authentiques, la série donne à voir une période sismique, hystérique, où règnent les rumeurs les plus destructrices, comme en témoigne l’action des frères Guérin avec Drumont comme porte-étendard d’un nationalisme abreuvé de racisme, de sexisme, de superstitions. Très graphique, Paris Police 1900 doit beaucoup à ses interprètes. On retiendra, outre les acteurs principaux particulièrement investis dans une interprétation fiévreuse, Marc Barbé, imperturbable Lépine et son épouse borderline, incroyable Valérie Dashwood, Anne Benoit, mère louve exaltée, Yann Collette en vieux militaire complotiste, Christian Hecq dans la peau d’un Bertillon superstar.

Le cœur bien accroché

Pour résumer, Paris Police 1900 est à voir absolument, même si il faut avoir le cœur bien accroché sur certaines séquences intolérables : on y découvre une société au bord du gouffre, dans un monde en pleine mutation, où il ne fait pas bon être une femme, un animal, un miséreux, un gauchiste, un progressiste, un juif ou un étranger. Le pire ? On a le sentiment trouble que rien n’a changé au fil du temps. 2021 ressemble beaucoup à 1899 : avancée technologique incroyable, et régression dans la barbarie et l’intolérance. L’être humain est décidément incorrigible.

Et plus si affinités

https://www.canalplus.com/series/paris-police-1900/

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