Marseille Web Fest : La websérie, nouvel espace de liberté

Je ne sais pas si vous vous souvenez de ces deux gentlemen :

Il y a deux trois semaines, je vous rapportais leurs facéties gnomiques en chroniquant le Gnome Syndrome. Eh bien voici ces messieurs dans une attitude, disons, plus corporate ???? en tout cas plus posée (c’est le cas de le dire), ce qu’ils font là avec le président du Marseille Web Fest n°1, j’ai nommé Jean-Michel Albert.

Oui comme vous pouvez le constater, ça rigole moins. Il faut dire que l’industrie de la websérie est en nette explosion, et le 1er opus du festival en France marque l’arrivée sur le marché audiovisuel hexagonal d’un mode d’expression déjà très ancré chez nos voisins américains. En témoigne le teaser réalisé spécialement pour l’occasion par le Mc Craken live :

Web série américaine à succès, le Mc Craken live (les aventures drolatiques d’une drag queen présentatrice d’une émission complètement barrée où productrice et metteur en scène lui font intégralement tout rater à son insu pour accumuler l’audience – je peux vous dire du reste que j’ai piqué de sacrées crises de rire en visionnant certains épisodes) n’est pas le seul à avoir marqué le coup.

Etaient présents, outre acteurs et scénaristes des 22 séries sélectionnées de par le monde (USA, France, Angleterre, Irlande, Espagne, Inde, Italie, Israël, Hollande, Liban, Canada),  le fondateur du LA Web Fest, j’ai nommé Mickael Ajawke (qui a d’ailleurs inspiré et soutenu la création de la version phocéenne en apportant réseau pro, choix de web séries américaines et communication), des producteurs et professionnels du secteur et non des moindres puisque j’ai croisé des pontes de You Tube, de Havas Media, de l’Agglomération de Marseille, et ainsi de suite.

Sans compter la présence sur site de Thomas Mc Carthy, acteur, réalisateur et producteur américain reconnu venu primer les lauréats, ou de Michel Reilhac, directeur du cinéma pour Arte France, et président d’honneur ; un engagement que Jean-Michel Albert apprécie à sa juste valeur comme une reconnaissance : Arte finance un cinéma d’art indépendant, en moyenne 3 de ses productions sont présentes à chaque festival de Cannes. Son soutien constitue un pied de nez dans un pays qui refuse encore de reconnaître la portée artistiques des séries.

Mais il semblerait que les choses changent, en témoigne la présence des confrères qui ont couvert l’event, venant de la presse papier, de l’internet ou de la télévision pour chroniquer séances de projection, rencontres et palmarès. Une couverture média qui avait débuté bien en amont du festival et cela partout dans le monde. C’est que le marché intéresse vraiment par sa dynamique et sa portée. Format court, diffusion facilitée par la toile, coûts moindres : il permet à de jeunes réals de se lancer tout en testant la validité de leur projet sans pour autant risquer de se prendre le mur avec un pilote onéreux et voué dans 8 cas sur 10 à l’oubli.

Pas qu’une histoire d’amateurs donc, mais bien une bouffée d’oxygène pour une industrie en péril : ainsi les webséries américaines ont permis de générer de l’emploi dans un secteur en crise mis à mal par la délocalisation. Le format internet a aussi favorisé une créativité sans précédent, permettant à des artistes de s’exprimer en toute liberté, sans aucune censure et en abordant des sujets parfois délicats, ainsi la série israëlienne Switch où un jeune israëlien change d’identité avec un jeune palestinien :

Un circuit de prod classique aurait-il suivi et épaulé pareil projet ? C’est la problématique que pose le festival et qu’il a pour but de résoudre. Car si l’évènement avait pour première visée de récompenser les séries les meilleures d’un prix du jury (attribué à The big dick Mike show) et d’un prix du public (concédé à Malviviendo), il avait surtout pour objectif de mettre en contact des pros et des créateurs à l’international autour de discussions et de conférences particulièrement intéressantes et pointues (le budget de 70 000 euros a d’ailleurs principalement été consacré à faire venir ces intervenants des quatre coins de la planète).

J’ai notamment pu assister à la dernière réunion intitulée « Le film sur le web prend ses marques » ; animée par Charles Tsakyrellis de Brand Side Story, Antoine Disle de OVD Films et Frédéric Josué d’Havas Média France, elle portait sur les nouveaux modes de partenariats et de mise en valeur des marques via les webséries. Du sérieux donc (dixit Mes colocs produit par BNP Paribas, avec pour enjeu la conquête de la toile et le développement du transmédia tel que l’expose Jason Hall, producteur venu sur site pour l’occasion et filmé par les étudiants du Master « les Métiers du documentaire » de l’Université de Provence :

Eh oui, c’est que tout ce joli petit monde est en train de devenir un corps de métier, organisé et rigoureux. Et c’est bien l’image que Jean-Michel Albert a l’intention de véhiculer. Rencontré deux semaines avant le festival alors que je m’apprêtais à investir Marsatac, il était en pleine préparation de l’event mais a néanmois pris le temps de répondre à mes questions. Histoire de m’expliquer le pourquoi du comment. Son amour de la websérie, il l’a ramené des USA où il a fait ses études. Un pays où le phénomène a généré une économie qu’il aimerait implanter en France. Et pourquoi pas à Marseille dont il travaille à mettre en valeur les potentialités numériques. Il a ainsi à son actif, outre la présidence de Imago production, association à l’origine du festival, la production de la série Les Brèves de Marseille :



Brèves de Marseille – Bande Annonce par Breves_de_Marseille

Un connaisseur donc, qui maîtrise le sujet sur le bout des doigts, m’expliquant ainsi que la web série vient à l’origine du monde du jeu vidéo (ah bon ? étonnant !), de ces petites saynètes séparant deux parties et qui impliquent la notion d’interactivité du joueur. Très vite le concept inspire de nombreux développements. Exemple le travail d’ Eric Viennot sur le jeu In Memoriam :



In Memoriam – Trailer par conscience-tranquille

Jeu video ? Web série ? L’idée va faire son chemin, sortira de cet univers pour pénétrer l’audiovisuel, créant le buzz autour d’un film ou d’une série TV. Exemple souvent cité : Dexter – Early Cuts, web série animée qui raconte les premiers pas du serial killer le plus célèbre de la télévision et sert d’appoint au feuilleton :

Un moyen de lancer des projets souvent trop onéreux à moindre coût, d’alimenter la starisation (les acteurs célèbres s’en servent parfois pour lancer leurs propres projets ainsi Kiefer Sutherland avec The Confession), de tester l’audience et de séduire les majors rassurées qui rachètent alors le tout pour le diffuser sur des plateformes spécifiques. Dans sa réflexion sur l’émergence des nouveaux média, Imago Prod mise sur l’avenir de la web série en France. Facile à poster via Youtube ou Daily Motion, elle peut être regardée sur un écran télé qui à terme sera de toute façon connecté à Internet.

Une qualité d’image que le festival a mise en avant en projetant les séries sur grand écran. Des séries de fiction sélectionnées suivant plusieurs critères : une véritable histoire, un réalisateur et des moyens techniques proches de la télé, des acteurs, et un format pensé pour internet avec une durée courte – moins de 10 minutes par épisode « car les internautes ne restent pas 25 minutes sur un contenu ». Et surtout, surtout … l’originalité. Ainsi Big Dick Mike show ou Blood and bone China, une histoire de vampires complètement décalée, avec un scénario totalement inattendu et signée par un jeune réalisateur que toute sa ville a soutenu :

Des ovnis selon Jean Michel Albert qui veut promouvoir des visions innovantes, parfois choquantes mais incontestablement riches de cette liberté permise par le net, avec des créateurs qui se lâchent, qui osent.

Et il semblerait bien qu’il soit en train d’y parvenir. Affaire à suivre donc.

Merci à Jean-Michel Albert et à toute l’équipe du Marseille Web Fest.

Photos : Stéphane Peyre

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