Marsatac 2011 / Les dessous d’une émeute musicale : la question de l’espace

Pour sa 13eme édition, le festival de la rentrée marseillaise comptait bien déclencher les foudres et les passions avec une prog de qualité « audacieuse, indépendante et personnelle ». Pari tenu : jauge pleine pour les vendredi et samedi, critiques dithyrambiques, couverture média élogieuse, …

Rien d’étonnant avec une affiche rassemblant The Do, Concrete knives, Stupeflip, Theophilus London, Arnaud Rebotini, The Toxic Avenger, Yuksek, Death in Vegas et j’en zappe en cours de route, le tout réparti sur trois salles «  Cabaret aléatoire », « Cartonnerie » et « Seita », sans compter l’esplanade et le Street park, pour trois soirées aux noms évocateurs : « Beaux, pop, énervés et plus si affinités » le jeudi, « Urban culture » le vendredi, « Electro Riot » le samedi, …

Rien d’étonnant non plus avec le lieu qui accueillait tout ce beau monde. La Friche de la Belle de Mai se prête à l’exercice de style du festoche urbain décalé : bâtiments en ruine, univers post industriel, graffiti et rampe de skate, … franchement, je défie quiconque de ne pas rester bouche bée devant cet espace hors normes aux proportions impressionnantes investi d’ingénieuse façon par l’équipe Marsatac.

Et je pense sincèrement que la tête de mort projetée sur les murs de l’ancienne manufacture de tabac restera longtemps gravée dans nos esprits et inscrites sur les murs Facebook des participants (je n’ai pas échappé à l’épidémie et mes petits camarades de jeu issus du sérail pro musical non plus, qui avons tous relayé ce moment d’anthologie).

C’est d’ailleurs sur ce point plus particulier que j’aimerais revenir ce soir. Car si les concerts proposés ont été chroniqués à l’unanimité par la presse, peu se sont penchés sur l’espace et les dessous de cet évènement. Or, chers lecteurs de mon cœur, vous commencez à le savoir et cela depuis notre passage éclair à Bourges, ce qui intéresse plus spécifiquement les ARTchemists, c’est l’envers du décor, les coulisses, ces fameux backstages dans lesquels c’est une joie de se glisser comme une petite souris.

Marsatac n’a donc pas échappé à la règle, et c’est de l’intérieur que j’ai vécu l’évènement, parquée dans les coulisses de la scène Seita où je retrouvais les Turn Steak pour assister à leur live. Une grosse claque dans ma tête dont je vous reparlerai ultérieurement parce que très sincèrement il va falloir largement plus de trois paragraphes pour délabyrinther le set homérique qu’ils nous ont servis ce soir-là.

Autre rencontre sur laquelle je reviendrai ultérieurement : Under Kontrol dont j’ai pu détailler la presta entraperçue à Woodstower, et découvrir la passion fébrile pour les arts vocaux. Merci notamment à Fayabraz qui m’a inculqué les rudiments du beatbox avec clarté et démonstration à l’appui, tandis que je sirotais mon coca/antibiotiques, installée dans un des fauteuils de la salle commune.

Vous êtes déçus ? Vous vous attendiez à ce que je vous raconte par le menu les concerts auxquels j’ai assistés ? Difficile, déjà parce que j’ai dû évacuer les lieux prématurément le lendemain après-midi avec une bronchite de dinosaure et une fièvre de cheval (malgré le coca antibiotiques), manquant ainsi à tous mes devoirs journalistiques, mea culpa … Ensuite parce que d’autres s’en sont chargés, je vous laisse donc consulter leurs articles … Egalement parce que j’ai eu quand même pas mal de difficultés à circuler entre les différentes salles du festival, dans des allées bourrées de monde. Et parce que justement, ça piquait ma curiosité et ça titillait ma plume de revenir sur ce succès … et sa rançon.

Dixit Dro Kilndjian, programmateur du festoche que je croise dans ces fameux backstage et que j’interviewe au débotté, dans une arrière cour, entre luzerne et tags, posés sur une marche d’escalier. Sa programmation ? Il la constitue au feeling, en mode perso, selon l’actu des artistes certes « mais je ne programme pas forcément par rapport à une sortie d’album ».

Le lieu ? Exceptionnel par le volume, … mais désormais trop petit. Un souci qu’il va falloir régler. Après deux ans passés sur ce friche qu’ils adorent et qu’ils zieutaient depuis un certain temps, les Marsatac vont devoir trouver une solution pour gérer la demande croissante d’un public en expansion. Les murs sont trop petits, de plus la friche est un site d’accueil pour des artistes en résidence, certains vivent même là, c’est par ailleurs le siège de Radio Grenouille.

Jusqu’à présent tout le monde arrivait à cohabiter sur trois jours sans trop de problème, mais avec 10 000 spectateurs/soir, ça devient franchement une problématique. Une problématique que les orgas vivent de façon récurrente depuis le début de l’aventure, ayant ainsi investi cinq lieux en 13 ans, dont le J4 sur lequel on construit désormais un musée : l’esplanade où avait lieu l’event n’étant plus disponible, il a fallu partir pour la Belle de Mai.

Et la question de la prochaine localisation du festival de se poser … de nouveau. Car en l’état, le lieu empêche le festival de grossir et d’évoluer. « On adore ce lieu mais on ne sait pas comment faire ». Et Dro de parler de « serpent de mer », car cette histoire de localisation constitue l’objet d’un long combat avec la municipalité. Solution envisagée pour la session 2012 : rester sur la Friche … et y ajouter d’autres lieux. Un travail à mettre en place rapidement car l’échéance 2013 se profile avec Marseille Capitale Culturelle.

Un évènement que le festival ne veut louper sous aucun prétexte, comme nombre d’acteurs culturels de la cité phocéenne, donc beaucoup d’attente dans une agglomération en difficulté sur le domaine culturel.  « On espérait que 2013 soit un levier pour rehausser le niveau, et actionner une amélioration » m’explique Dro. « Pour l’instant on ne voit pas venir grand-chose, ça reste quand même un peu flou ».

Enjeux politiques et financiers obligent, les Marsatac s’interrogent sur les moyens dont ils disposeront qu’il s’agisse de budget ou d’espace, dans la mesure où ils aimeraient intervenir dans les lieux publics en proposant des interactions artistiques et musicales autres et innovantes. Ces questions sont loin d’être solutionnées, mais vu l’entier succès de l’édition 2011, on peut leur faire confiance pour persévérer, cela pour notre plus grand plaisir.

 

Merci à Dro Kilndjian pour son temps et ses réponses.

 

Et plus si affinités

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Marsatac 2011

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