La rafle du Vel d’Hiv : des livres pour se souvenir, transmettre et agir

livres sur la rafle du vélodrome d'hiver

Si les films et les documentaires manquent, les publications abondent qui évoquent la Rafle du Vélodrome d’Hiver et pour cause :

  • c’est la rafle la plus importante menée en France, la plus meurtrière, et aussi celle qui officialise la politique d’éradication menée par les nazis sur le territoire français ;
  • c’est une douloureuse prise de conscience pour la population juive ; cette rafle d’envergure vise les femmes, les enfants, les vieillards aussi bien que les hommes ; sa brutalité, les conditions atroces d’internement au Vel’d’Hiv prouvent qu’il ne s’agit pas de déplacer une population mais de l’exterminer.
  • elle implique directement le gouvernement de Vichy, Pétain, Laval en tant que décideurs, Bousquet comme orchestrateur, les forces de police comme exécutantes. C’est une émanation abominable de la Collaboration.

Dans l’ensemble des livres qui traitent du sujet, nous nous sommes arrêtés sur deux ouvrages dont la lecture croisée est particulièrement éclairante : La Grande Rafle du Vel d’Hiv et La rafle du Vel’d’Hiv’. Deux titres presque similaires pour deux approches séparées d’un demi siècle, et c’est là tout l’intérêt.

La Grande Rafle du Vel’d’Hiv’ – Claude Lévy & Paul Tillard

Publié en 1967, cet ouvrage est une véritable référence, un élément fondateur, un tournant. Pour différentes raisons, cruciales :

  • Les deux auteurs (anciens résistants arrêtés par les nazis, puis internés en camp de concentration) y relatent les différentes étapes du « jeudi noir », mais aussi les préparatifs de la rafle, ainsi que ses suites et ses conséquences.
  • Ils y rapportent un nombre conséquent de témoignages, des paroles terribles, des récits effrayants, qu’ils recoupent avec des faits, des dates, des archives, afin de démonter le fonctionnement de cette machine infernale.
  • Ils sont les premiers à aborder frontalement et à démontrer la responsabilité du gouvernement de Vichy, des autorités et de la police françaises dans la mise en place du processus, le choix des personnes à arrêter, les lieux d’internement…

Ce livre n’est donc pas seulement mémoire, il est action. Il participe d’une volonté de reconnaissance des crimes commis, c’est un premier pas, de taille, vers l’acceptation d’une vérité, qu’à l’époque on n’envisage même pas. « Succès éditorial (30000 exemplaires vendus) et critique, l’ouvrage de Lévy et Tillard fit, à sa sortie, l’effet d’une bombe ».

La rafle du Vel’d’Hiv – Laurent Joly

Cette citation est extraite de l’ouvrage La rafle du Vel’d’Hiv sorti en 2022. L’historien Laurent Joly l’écrit en parallèle du travail d’analyse effectué pour la réalisation du documentaire La Rafle du Vel’d’Hiv – La honte et les larmes. S’il cite le brûlot de Lévy et Tillard, c’est à la fois pour en reconnaître l’importance et pour en corriger certaines lacunes. Dans les années 60, certaines archives demeurent inaccessibles ; depuis, on a pu rectifier certaines erreurs, par exemple l’opération n’a jamais été baptisée « Vent printanier » par les nazis. L’approche de Joly vise à rectifier ces erreurs, tout en décortiquant plus profondément la mise en place de la rafle.

Son étude s’appuie sur des chiffres, des statistiques, autant que sur des témoignages. Il s’attarde également sur les lendemains de la rafle, la traque des fuyards et des clandestins, le rôle des commissaires et des agents, des concierges aussi, tout en se replongeant dans l’ambiance de l’époque, l’anti-sémitisme très ancré en France… Son approche, très étayée, argumentée, chiffrée, balaye toute théorie révisionniste, en développant une démarche analytique remarquable d’objectivité et de bon sens et une bibliographie très complète où puiser d’autres sources à parcourir.