La Vague : une lecture nécessaire

la vague

« Comment cela a-t-il pu arriver ? » « Cela ne pourrait pas fonctionner ici » : voici les deux phrases qui accompagnent habituellement le visionnage des documentaires sur la Shoah en particulier et le nazisme en général. Et pourtant … il suffit de lire La Vague pour comprendre que l’époque, le contexte social et géographique ne sont pas prépondérants dans la mise en place d’une autocratie violente et ségrégationniste.

La Vague : on a beaucoup parlé du film allemand de Dennis Gansel sorti en 2008. Pourtant c’est de loin le livre de Todd Strasser, publié en 1981 dans le sillage d’un téléfilm du même nom, qui détaille au mieux et avec le plus de pertinence les étapes d’une mécanique d’endoctrinement. A l’origine, l’expérience « La Troisième vague » entreprise en 1967 par le professeur Ron Jones auprès de ses élèves : l’objectif était de démontrer à sa classe que n’importe qui pouvait sombrer dans un système fasciste, peu importent les origines et l’éducation.

Rédigé en termes simples, le roman de Todd Strasser évacue la tentation du spectaculaire pour se concentrer sur les différents stades qui jalonnent une manipulation de masse. La distanciation de l’écrit permet de se concentrer sur la réflexion, sans tomber dans le piège des images. C’est ainsi qu’on voit Ben Ross, enseignant original et aimé de ses étudiants, dérouler le fil de son expérience au jour le jour, rebondissant sur les réaction de son jeune public pour les enfermer dans une discipline, une rigueur et une absence complète d’esprit critique.

Cela se fait sans bruit, presque naturellement, personne ne rechigne, c’est même avec plaisir que tous se plaisent à subir pareille autorité. Un cadre, une force commune, des signes de ralliement, le sentiment de force, d’appartenance … des règles pour le bien commun, pourtant aucun objectif prédéfini, pas de combat idéologique, pas de désir de sauver la société … juste une expérience qui conduit ces gamins et leur prof au bord de la démence. Il faudra un électrochoc terrible pour casser la vague et l’atmosphère nauséabonde qu’elle porte avec elle.

Rapide à lire, cet ouvrage ne laisse pas indemne car il reflète l’ambiguïté du processus. La rigueur, la volonté et l’abnégation, l’esprit de groupe et d’entraide, à la base ne sont pas des valeurs négatives, bien au contraire, elles sont le ferment d’une démocratie. Pourtant très vite, nous les voyons devenir facteurs d’isolement, de violence. Presque naturellement, comme si c’était inscrit dans les gènes, dans l’ADN de l’espèce et du fonctionnement d’une communauté. Un passage notamment fait frémir : si l’enseignant constate la progressive docilité de ses ouailles, leur régularité, leur sérieux, si les leçons sont sues et restituées à la virgule, l’esprit critique, la réflexion et le jugement s’effacent. En une courte semaine, ces gosses deviennent des robots.

Le livre éclaire d’un jour particulièrement aveuglant la logique de séduction nazie, mais il en dit long également sur les phénomènes sectaires, la radicalisation des jeunes, leur enrôlement dans des mouvements extrémistes. Jeunesses hitlériennes, Khmers rouges, enfants soldats d’Afrique, toujours ce sont les adolescents qu’on incorpore car plus malléables, moins posés. En cette période où l’on ne sait plus comment endiguer le recrutement de gamins par les fanatiques religieux islamistes ou autres, où l’on n’arrive pas à cerner même ce processus, la lecture de La Vague apporte une réponse effrayante, d’autant plus que finalement les adultes aussi sont susceptibles d’être séduits et de se retrouver emportés par le remous.

Et plus si affinités

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