Club Humide 1ʳᵉ édition – Interview : zoom sur Lucifer des Enfers, petit chaton techno et DJ militant

Comme je vous l’explique dans l’article “Club Humide 1ʳᵉ édition : le temps d’une nuit laissée au destin ?“, le collectif Bragi Pufferfish vient d’accoucher d’une nouvelle ligne de soirée. Aux commandes, Lucifer des Enfers aka Johan Gayraud pour les intimes (qui au passage nous a composé une petite playlist bien troussée, allez écouter ça, vous m’en direz des nouvelles). Un DJ de plus derrière les platines ? C’est méconnaître l’ADN même du job qui ne se limite pas à passer des disques sur une platine pour chauffer la salle. DJ, c’est un métier, mieux, une vocation. Une révélation en l’état. Et un art. La preuve par neuf avec ce petit interview où Mister Lucifer le Chaton Infernal nous raconte tout !

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Comment en es-tu arrivé à devenir DJ ?

J’ai commencé à sortir tardivement en 2019 (j’ai 29 ans), ma première soirée électronique était une WET. La musique a toujours été présente dans ma vie depuis tout petit, je faisais du piano, il n’y a pas un jour sans que je n’écoute de la musique ou que je ne chante sous ma douche. En 2022, j’ai acheté un contrôleur et j’ai appris en autodidacte et là, ça a été le coup de foudre.

Qu’est-ce qui fait ta singularité de DJ ? Ton style ?

À l’image de Lucifer, je pars de la lumière pour aller vers les enfers. Je mixe principalement de la mental techno, mais aussi de la house, et ce sont des univers qui peuvent paraître éloignés, mais des ponts sont possibles et tout est possible au-delà de ces styles. J’aime guider le public dans des lieux improbables, avec cet objectif de leur casser les reins en musique, ou encore mieux, que des bouches se rencontrent.

https://soundcloud.com/luciferdesenfers/kaiju-dance-ii?si=1cb2f65e4bec4c94b984b9d31af79494&utm_source=clipboard&utm_medium=text&utm_campaign=social_sharing

Comment prévois-tu tes sets pour une soirée ? En fonction de quels critères ? Pour obtenir quel effet ?

Comme je mixe de la house et de la techno, j’adapte la sélection en fonction de la soirée. Quand je digue, j’aime bien faire des thématiques en m’imaginant mixer pour des évènements qui existent déjà, je réalise une playlist d’un DJ set fantasmé. Et tout se déroule autour d’une émotion ou d’un désir : la mélancolie, l’euphorie, le sexe, etc. J’essaie de m’imaginer une histoire à raconter à partir de tout ça. Je fais partie de ces DJ qui préparent leur set en amont, mais qui improvisent le grand moment venu.

Les soirées du collectif Bragi sont faites pour l’éclate et la danse, mais aussi pour la promo de musiques spécifiques, avec en prime un discours engagé : comment as-tu rejoint le collectif ? comment défends-tu ces objectifs ? Quel est ton engagement personnel, ton combat ?

J’ai rejoint le collectif grâce à Morgan Ivy qui faisait déjà partie de Bragi, on s’était rencontré sur le tournage de l’un de mes films durant la covid. Et de fil en aiguille, on s’est rencontré avec le collectif et ils ont adopté le petit chaton que je suis. Je suis une personne très engagée et militante dans la vie de tous les jours, donc rejoindre Bragi était une évidence, car nous menons les mêmes combats ! Un de mes combats est que le public français puisse s’éduquer sur la musique électronique, sa diversité, son histoire et sa complexité. Qu’il est possible et merveilleux de s’amuser en ne dépassant pas 130BPM et tout comme notre société, il est bien aussi de pouvoir décélérer.

https://soundcloud.com/luciferdesenfers/planet-kaiju-1?si=f0344485377e403985fcf9cf30841244&utm_source=clipboard&utm_medium=text&utm_campaign=social_sharing

Changement climatique, raréfaction des énergies, comment vois-tu ton futur de DJ à l’heure de la diète énergétique ? Comment voudrais-tu réinventer les soirées et le clubbing pour un monde plus éthique, responsable, mais toujours aussi festif ?

Ce sont surtout les festivals qui engendrent des gros problèmes quand on parle d’écologie, en termes de production de déchets et leur gestion, tous les déplacements en avion des artistes et les consommations faramineuses en énergie. Je pense que revenir sur des formats de festivals à échelle humaine, plus sobre et qui privilégie des artistes locaux/nationaux, c’est déjà un bon début !

Il faut que la fête se repolitise tout simplement. Le milieu de la musique électronique a quasi tout le temps été du domaine de la contre-culture, et toute son histoire a été politique. Responsabilité, liberté, bienveillance et inclusivité devraient être les mots d’ordre de tous les orgas aujourd’hui !

Merci à Lucifer des Enfers pour son temps et ses réponses.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur le travail et le style de Lucifer, consultez son compte Instagram ainsi que son Soundcloud.

Posted by Padme Purple

Padmé Purple est LA rédactrice spécialisée musique et subcultures du webmagazine The ARTchemists. Punk revendiquée, elle s'occupe des playlists, du repérage des artistes, des festivals, des concerts. C'est aussi la première à monter au créneau quand il s'agit de gueuler !