Fils de : mon père, hardeur de l’obscur, héros du quotidien

On va le dire tout net, voici le genre de films qu’on aime : scénar barré, caméra documentaire, héros/narrateur paumé, introspection autobiographique, thématique borderline. Fils de, dés les premières images, tape dans le mille car il est questionnement autant qu’expérimentation.

Pour faire simple et poser le décor, Fils de relate la semaine infernale d’un acteur du porno en proie avec ses démons de compagnon et de père. 47 ans au compteur, acteur hybride oscillant entre le X débridé et le ciné d’avant-garde, HPG prend conscience d’un gap existentiel alors qu’il voit son môme faire ses premiers pas. A partir de là rien ne va plus, dans son job, sa vie amoureuse, sa créativité.

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Et soudain la fiction qu’il voulait tant tourner se métamorphose en un documentaire où, de rencontres en discussion, le narrateur va s’interroger sur son rôle de père avec cette angoisse récurrente : que se passera-t-il si mes enfants apprennent que je suis acteur porno ? Va-t-il falloir changer ? Rentrer dans le rang ? Suis-je un bon père ? Ce qui jusqu’à présent était normal pour cet homme devient d’un coup une montagne à dépasser, peut-être à abattre.

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Le propos est d’autant plus intéressant que HPG, Hervé-Pierre Gustave au civil, ici parle de lui-même, sans fard, avec humour et une sensibilité qu’on n’attendrait par du réalisateur de Acteur X pour vous servir, On ne devrait pas exister et HPG son vit, son oeuvre. Si la chute du film semble un peu précipitée et facile, le cheminement ne manque pas de piquant et devrait en interpeler plus d’un et plus d’une, car dans cette histoire, Madame est impliquée et elle n’est pas tendre.

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Autopsie express d’un couple au bord de l’implosion ou mutation épileptique d’une relation confrontée au quotidien, le point de vue masculin d’une figure sursexuée dépasse les codes de la virilité pour poser une interrogation humaine plus générale et dévoiler des fragilités multiples et touchantes. En d’autres termes et pour faire simple, ce type qu’on pourrait croire égocentrique et nonchalant, débande carrément devant cette situation qui soudain le dépasse complètement. Et il le dit, le montre, l’affirme, sans honte.

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Cette honnêteté est vraiment rafraichissante et appréciable dans un temps de compétitivité absolue où tout se calcule à la performance. Balançant ses couilles dans le potage pour crier ses doutes, HPG entraîne dans son petit séisme personnel l’ensemble de son entourage, déclenchant les confessions de ses proches, de ses collègues, de ses acteurs. Des déclarations dures qui vont à l’encontre des règles sociales et des hypocrisies pour dire les choses clairement : « Non je ne voulais pas d’enfants », « Oui j’aime baiser devant la caméra », « Mec tu fais ta princesse ».

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Un petit florilège de failles tous sexes confondus, où la promiscuité des corps n’est finalement pas le plus troublant, où la bascule entre l’univers du porno, l’intime familial, les échanges avec des artistes comme Izia Higelin ou Christophe brouillent les limites pour élargir les questionnements.

 

Et plus si affinités

http://www.capricci.fr/fils-2014-hpg-292.html