The Eichmann show : “le procès du siècle”

Le film Hannah Arendt abordait le procès Eichmann d’un point de vue philosophique. The Eichmann Show revient quant à lui plus prosaïquement sur les enjeux que constitua la retransmission télévisée de cet événement. Et on n’imagine guère les pressions et les obstacles que la production eut à surmonter pour arriver à ses fins, ni l’urgence de cette entreprise.

Un événement retentissant

Nous sommes en 1961. Alors que l’on s’apprête à envoyer des hommes dans l’espace, que la Guerre Froide bat son plein et que la crise de Cuba se profile, la toute jeune nation d’Israël enclenche le procès d’Eichmann, un des hauts responsables nazis de la Shoah, enlevé par le Mossad en Argentine où il avait trouvé refuge sous une fausse identité. L’événement est retentissant, et le producteur américain Milton Fruchman va faire des pieds et des mains pour convaincre les autorités israéliennes de le laisser le diffuser aux quatre coins du monde. À ses côtés, le réalisateur et documentariste Leo Hurwitz, tout juste échappé de la liste noire maccarthyste, ainsi qu’une équipe de cameramen, s’attellent pour rendre la chose possible.

Dévoiler l’horreur absolue

Et c’est ardu à plus d’un titre. Car cela n’a jamais été fait, et l’équipe doit rivaliser d’ingéniosité pour installer discrètement le matériel, travailler en simultané, cadrer convenablement, anticiper les aléas de chaque séance, la portée de chaque intervention, l’émotion de chaque témoignage. Et c’est là un autre problème de taille : personne n’est préparé à la violence des auditions. Nous sommes au début des années 60, personne ne veut entendre ni croire le témoignage des rescapés des camps.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le public d’alors n’a pas notion de ce qui s’est passé, ne veut pas l’admettre. Les miraculés qui se succèdent à la barre, en racontant l’indicible devant les caméras, dévoilent au monde entier l’horreur absolue de la barbarie fasciste. Et le monde est obligé d’écouter, de regarder. De prendre conscience. Et cela ne plaît guère : le producteur, l’équipe de tournage sont menacés, car les nazis sont prêts à tout pour stopper ce processus.

Narration sobre et images d’archives

Reste enfin à supporter l’insupportable : la froideur de Eichmann, qui jamais ne fait cille, ne montre d’émotion. C’est là le plus dur, le plus incompréhensible, ce qui engendrera les réflexions de Arendt bien sûr, tout comme la fascination malsaine de Hurwitz, traquant sans arrêt la moindre étincelle dans l’œil du criminel, sans jamais la saisir. Commandé par la BBC dans le cadre des célébrations des 70 ans de l’ouverture des camps, ce film d’une heure trente se veut classique dans son scénario et sa facture.

Paul Andrew Williams propose donc une narration sobre où abondent les images d’archives. Martin Freeman et Anthony Lapaglia endossent les rôles principaux avec beaucoup de conviction, et savent transmettre à la fois l’exaltation du challenge médiatique, l’importance du moment politique et la terreur humaine ressentie à chaque nouveau récit. Si The Eichmann Show n’est pas un chef-d’œuvre cinématographique, il a du moins l’avantage de relater avec justesse les problématiques inscrites au cœur de ce moment historique. Et c’est le plus important.

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Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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