Black Rain : le japon des 90’s entre polar et dissonances culturelles

film Black Rain de Ridley Scott

Black Rain : pluie noire. Derrière ces deux mots énigmatiques, Ridley Scott développe un film d’action prenant, dont le suspense de surface interroge les dissonances culturelles d’un Japon coincé entre globalisation et coutumes. Explications.

Flic rebelle vs yakuza pervers

Un petit pitch ? Nick Conklin (Michael Douglas) est un flic new-yorkais aux méthodes expéditives et au caractère rebelle, ce qui lui vaut un taux record d’arrestations et de félicitations de sa hiérarchie, et les engueulades de cette même hiérarchie, épuisée par ses incartades. Dernier succès en date, la capture tout en muscles et presque en flag d’un tueur japonais qui a eu la mauvaise idée de flinguer deux rivaux sous les yeux de Conklin et son partenaire Charlie Vincent (Andy Garcia). Résultat de l’opération : nos deux compères doivent rapatrier Sato au pays, qui leur échappe à leur arrivée.

À partir de là, il va falloir remettre la main dessus, et ça ne va pas être facile, car la police japonaise voit d’un fort mauvais œil les méthodes de Conklin et son acolyte. Cornaqué par Masahiro Matsumoto (Ken Takakura), un inspecteur du cru avec qui il va sympathiser, Conklin va se montrer d’autant plus motivé que Sato (Yusaku Matsuda) flingue son coéquipier lors d’une scène mémorable. Un crime parmi tant d’autres pour ce psychopathe avide de bouffer la concurrence des vieux yakuzas, qui réprouvent et sa violence et son manque d’honneur. Et mesurent tout l’intérêt d’utiliser Conklin pour se débarrasser de ce jeune concurrent.

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Japon urbain

A priori, rien dans l’intrigue de Black Rain ne laisse transparaître une quelconque réflexion philosophique. Mais résumer cette traque à un simple polar, c’est mal connaître Scott, qui est quand même à l’origine de Les Duellistes, Alien, Blade Runner, entre autres chefs-d’œuvre du 7ᵉ art : consultez la page Wikipédia qui lui est consacrée, elle est plus qu’éloquente, le cinéaste n’est pas du genre à se contenter d’une intrigue de vengeance ponctuée de scènes d’action. Si Black Rain n’en manque pas, c’est ailleurs qu’il faut chercher sa valeur.

Sorti en 1989, le film multiplie les plans montrant un Japon entre urbanisation, motos, camions, néons, barres d’immeubles, au sommet de sa réussite industrielle. Exit les scènes de temples et de pagodes, les combats au sabre. Les rizières et les toriis apparaissent dans la dernière partie du film uniquement ; tout le reste se déroule dans la fumée des usines sidérurgiques, la moiteur des discothèques. Seule la puanteur des abattoirs, l’odeur des marchés rappelle qu’il s’agit de survie dans un monde de prédation.

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Maudite globalisation

Ce qu’explique avec mépris un vieil Oyabun à Coklin : Sato n’est rien d’autre qu’un gangster à l’américaine, obsédé par le fric, un pur produit de la globalisation enclenchée par les USA avec Hiroshima et la pluie noire qui a contaminé le pays après l’explosion de la bombe. Pour s’en débarrasser, il faut un flic à l’américaine, un cowboy sans foi ni loi, qui va venir nettoyer la merde créée par sa propre non-culture. Un clash des civilisations à l’œuvre, feutré en apparence, particulièrement abrupt dans le message véhiculé, la critique de l’hégémonie américaine et de ses ravages dans les cerveaux.

Pour souligner cette violence, la récurrence des tonalités rouges dans les paysages embrumés de pollution, la silhouette des cheminées qui s’y dessine à peine, la nuit striée de néons agressifs. Les clichés sont caricaturés volontairement, soulignés par le travail de photographie signé Jan de Bont, directeur de la photographie attitré sur La Chair et le Sang et Basic Instinct de Verhoeven, Piège de cristal et A la poursuite d’Octobre rouge de John Mc Tiernan. À noter également, la bande originale créée par un certain Hans Zimmer, qui deviendra le compositeur attitré de Scott et l’un des plus influents de Hollywood.