Albert Nobbs : une quête d’identité impossible ?

affiche du film Albert Nobbs

Albert Noobs vit à Dublin dans un XIXeme en proie à une misère effroyable. Il est majordome dans un hôtel de la ville, dans lequel il officie depuis bientôt une trentaine d’années, économisant penny après penny pour pouvoir acheter un petit commerce de tabac, se mettre à son compte et prendre une épouse, besoin de reconnaissance sociale oblige. Petit détail, Albert Noobs est une femme. Voici en quelques lignes la trame du film de Rodrigo Garcia.

Un véritable parcours du combattant

Avec à la clé un véritable parcours du combattant pour Glenn Close, l’interprète du héros. Un rôle qu’elle endosse en 1982 et qui l’a impactée au point qu’elle a bataillé 30 ans pour concrétiser le projet, produisant le film et passant à la scénarisation de la nouvelle de Georges Moore aux côtés de John Banville, journaliste irlandais et l’un des auteurs de langue anglaise les plus marquants actuellement. Le bébé sortira finalement le 22 février 2012 sur les écrans, pour interroger de façon magistrale la question des genres.

Pas facile d’aborder sujet aussi délicat sans glisser dans le mièvre ou le racoleur. Disons-le, le thème du travestissement féminin n’est pas aisé à traiter et il faut la plume aguerrie d’un Shakespeare ou d’un Marivaux pour en explorer les complexités. Bon point : le film de Garcia évite le graveleux pour nous proposer un croisement entre Mary Reilly, From Hell, Les Grandes espérances, Maurice, et Yentl, sans pour autant arriver un moment à définir une stylistique propre.

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Plusieurs thématiques mêlées

De quoi au bout du compte parle-t-on ? D’un parcours de vie gâché ? De crise sociale ? D’intolérance ? Le film mêle plusieurs thématiques sans en privilégier aucune :

  • une période dramatique où l’Irlande crevait littéralement de faim dans des conditions de misère épouvantables (misère dont le film édulcore la réalité) auxquelles on échappait par la mort ou la fuite (vers l’Amérique) ;
  • le clash latent entre les classes sociales privilégiées puantes de vanité et d’aveuglement et une classe ouvrière chargée de haine dans un microcosme délimité par les murs de l’hôtel où travaille Nobbs ;
  • le statut proprement révoltant des femmes, battues, violées, séduites, abandonnées, au même titre du reste que les vieillards et les enfants, soit tous les inutiles et les inexploitables ;
  • la condition homosexuelle, plus spécialement lesbienne, vécue dans le silence absolu, sans possibilité de revendication.

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Une intériorité blessée

Perdue au milieu de ce chaos, la quête frénétique d’identité de Nobbs s’étiole, alors qu’il aurait peut-être fallu creuser le pourquoi de cette existence ravagée. C’est justement cela l’essentiel : comment la société impacte la vie des individus. L’interprétation de Glenn Close, tout en retenue et en silence, impeccable, unanimement reconnue et récompensée, porte sur des points de fragilité comme l’intonation d’un « Yes, Sir », l’intensité d’un regard détourné (comment du reste ne pas évoquer l’interprétation de Gary Oldman dans La Taupe). Force est cependant de constater que la sublimation de cette intériorité blessée ne suit pas.

À peine soulignée par des éclairages plus forts, une lumière plus poussée, des couleurs moins fades, la souffrance du héros est étouffée par le manque de relief des personnages secondaires, des clichés prévisibles : le jeune séducteur avide d’argent, la petite bonne écervelée en quête de plaisirs, le couple de lesbiennes bien dans leur peau (même si Janet Mc Teer est absolument géniale dans le rôle du peintre Hubert Page). La fin même du film est prévisible. Dommage car Albert Nobbs méritait mieux qu’une performance d’actrice et promettait plus qu’un film de genre. On image un brin de regret et de frustration ce qu’un James Ivory aurait tiré de pareille histoire.