Le Tampographe : tampon sans filtre, survie par l’insulte et objet rare

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Cela fait un certain temps que j’ai le sujet sous le coude. Une fois de plus, une photo au détour d’un post Facebook, qu’on enregistre dans ses favoris … on se dit qu’un jour, on va chroniquer et puis on laisse filer le temps, jusqu’au moment où on se décide à faire le tri. Et on retombe sur Le Tampographe. Et on clique sur le site. Grossière erreur.

Dire des conneries

Le Tampographe : fabricant de tampons dans la plus pure tradition postale. Sauf que Vincent Sardon n’a absolument rien du rond-de-duir, au contraire. Plus indé, tu meurs. Dessinateur de presse fatigué d’illustrer des articles barbants sur la connerie de l’humain consommateur, Monsieur Sardon est passé avec armes, talent et bagages artistiques du côté sombre de la force créatrice, dont on sait tous qu’elle est la plus marrante (non franchement qui a envie de passer sa vie à dessiner des Mickeys ? Sincèrement ?). Objectif : dire des conneries, par tampon interposé.

Tampon, vous avez bien lu. Victime de la digitalisation des courriers, condamné par la numérisation de nos services administratifs, ce témoin de la grandeur institutionnelle française a trouvé refuge dans l’atelier d’un Sardon amoureux du geste artisanal au point de façonner chacun de ses modèles avec ses petites mains expertes, comme on le ferait d’une œuvre d’art. Rondeur velouté de l’objet en paume, nervure du bois verni, le bruit mat du motif sur le cahier … et soudain l’inscription est.

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L’internationale du gros mot

Et là on explose de rire : car le créneau initial du Tampographe, c’est l’insulte. Dans tous les patois possibles, poétiques, fleuries, brutales … l’internationale du gros mot sera le genre humain, chers lecteurs ! En rouge, en bleu, en noir, en jaune, vous avez le choix des couleurs d’encre et une gamme de jurons à faire se pâmer un capitaine Haddock sous LSD. Régression vers le stade oral, défouloir merveilleux … la chose plaît au point d’attirer l’attention des médias enamourés de tendances décalées.

Et Le Tampographe de fleurir dans la joie d’un atelier old school doublé d’un e-shop bien achalandé. Avec une inventivité renouvelée, quand on considère l’étendue de son catalogue, qui va du petit tampon injurieux croate au nécessaire « Pure evil » déclinant des dessins d’enfants psychopathes à l’infini. Cynique, adepte d’un humour noirâtre assez cousin de celui de Claude Serre, Sardon l’Insupportable ne plaira pas à tous, loin s’en faut. Il n’en demeure pas moins un as de la précision.

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Un peu d’art dans nos vies

Soulignons l’incroyable finesse du trait sur certains modèles comme « Anatomie de la face » plus proche de la gravure scientifique que du tampon en pomme de terre, ou « Blondie », Vanité presque photographique. Même son coffret spécial « Gribouillage » tient de l’exception. Presque un objet de luxe, une série limitée à présenter en majesté dans un cabinet de curiosités … et à utiliser frénétiquement pour se passer les nerfs après avoir accumulé les réunions zoom où on ne se dit rien (comme au bureau du reste).

Coquins, flippants, désopilants, politiquement incorrects, les tampons de Sardon le Sardonique nous font du bien, parce qu’ils sont beaux, bien faits, originaux, inédits, mais aussi car ils apportent un peu d’art dans nos vies, du prêt-à-créer pour ceux qui, s’ils n’ont pas le coup de crayon facile, possèdent le sens du second degré, l’amour des créations rares qui ont quelque chose à dire. Presque indispensable par ces temps moroses où la dépression nous guette tous.

Et plus si affinités

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