Dernier train pour Busan : zombis à la coréenne et allégorie d’une société en ruines ?

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Quelques 450 km séparent la capitale Seoul de la petite ville provinciale Busan. On les parcourt en train, 3 heures suffisent, c’est confortable, rapide, … sauf quand le jour du voyage coïncide avec celui du Jugement Dernier. Lorsque le trader arriviste Sok Woo et sa petite fille Soo-ahn s’installent dans leur wagon, ils n’ont aucune idée de l’enfer qu’eux et leurs compagnons de route vont subir ; rien ne laissait imaginer l’hécatombe qui va s’abattre sur eux, peut-être quelques rares signes que de toute façon, ils n’auraient pas dû prendre en compte : monter dans ce train va être leur malheur … et leur chance.

Le malheur de voir la majorité des passagers se métamorphoser en fous enragés, morts vivants, goules ou autres, rien ne le dit … le chagrin de voir les proches mourir sans rien pouvoir faire, la conviction que le monde douillet de la modernité ne sera plus … La chance de redécouvrir des valeurs fondamentales : entraide, humour, communication, détachement, inventivité, observation, respect, liens familiaux d’amour … si cela ne les sauvera pas forcément physiquement, cela ouvrira leurs âmes un bref instant. Mais il suffit d’un instant pour que le miracle survienne.

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En orchestrant ce remarquable film d’horreur fidèle aux codes du genre, Yeoh Sang Ho renoue avec la méthode du maître Romero : se servir du zombi comme d’un révélateur sociétal du malaise profond de communautés ultra sophistiquées, courant à leur perte par manque d’humanisme. Le réalisateur de Night of the living dead et consort avait en son temps stigmatisé le racisme, la surconsommation stupide, la course au nucléaire, le régime Bush … ici il s’agit de mettre subtilement en exergue les dégâts causés par la libéralisation intensive de l’économie coréenne.

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La réussite financière du pays s’accompagne en effet d’une vague record de divorces et de suicides chez les personnes âgées considérées comme inutiles comme chez les adolescents terrorisés par l’échec scolaire. Course sans pitié à la réussite, éclatement de la cellule familiale, abandon des anciens, conflit des sexes, obsession de l’image renvoyée au groupe, … la déferlante de zombis provoquée, nous l’apprendrons, par cette frénésie économique, va faire table rase et ramener tout le monde à plus de bon sens. L’union fait la force, dit le proverbe. A l’heure de mourir, il est temps de revoir ses priorités.

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Sok Woo comme tous les autres personnages le comprendra durant cette course à la survie et en tiendra compte, dans une scène finale magistrale, d’une beauté saisissante. L’ensemble du film porte une esthétique d’une énergie incroyable, parfaitement chorégraphiée et tout à fait crédible. Est-ce un hasard, Busan est considéré comme un bastion : seule zone sud-coréenne à avoir échappé à l’invasion de son voisin du Nord en 1950, elle accueille désormais un festival de cinéma indépendant critique du régime en place. Décidément il n’y a pas de hasard, ce choix est lourd de sens.

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Et plus si affinités

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