Chemin de croix : par delà le renoncement

On a coutume de dire que les voies du Seigneur sont impénétrables ; de même le mental d’un adolescent. Maria a 14ans, un visage d’ange, une lumière intérieure et une volonté de fer que nul n’imaginerait chez cette gamine à peine sortie de l’enfance. Née dans une famille ultra catholique, elle est éduquée religieusement suivant des principes stricts venus d’un autre âge : au cœur de cet enseignement, le renoncement comme pilier d’une foi à la limite du fanatisme.

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Refus du divertissement, de la coquetterie, de la gourmandise, de l’attirance amoureuse (on n’ose parler de sexe bien entendu) : l’exemple le plus frappant demeure le refus complet et obstiné des musiques diaboliques, rock, jazz, soul, gospel, … Grandir dans cet environnement coercitif est d’autant moins évident, que la famille de Maria cache des dysfonctionnements multiples sous un vernis de religiosité extrême. Frère autiste, père effacé, mère autoritaire et hystérique : dans cet équilibre précaire où seule la jeune fille au pair Bernadette incarne le bon sens et la chaleur humaine, Maria va décider de renoncer, construisant volontairement et à l’insu de tous son chemin de croix.

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Reprenant à la lettre les différentes stations de la passion du Christ, le réalisateur Dietrich Brüggemann filme ce parcours. Avec justesse, avec pudeur, sans juger ni prendre parti. Ici Dieu n’est pas en question, ni une religion particulière,  mais la force que la foi peut engendrer chez l’individu dans le bien comme dans le mal, dans la construction comme dans la destruction. Aux mains des hommes de Katrin Gebbe posait une problématique similaire mais d’un point de vue masculin. Gracile et pâle, Maria constitue le pendant féminin de  Tore. Et va se sacrifier comme lui. Une similarité qui amène à s’interroger sur la constante de cette thématique dans un nouveau cinéma allemand visiblement interpelé par le phénomène.

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Et comme de fait la lumière joue un rôle éminent dans la définition d’images théâtralisées, chaque tableau présente une scène en plan fixe ou presque, les mouvements de caméra se réduisant au minimum jusqu’à l’élévation finale dans les dernières secondes de l’histoire. L’ensemble est d’une esthétique dépouillée, ascétique, qui rehausse cette idée de renoncement jusque dans la gamme des couleurs volontairement neutres et sombres. Dans cette atmosphère grise, on ne saura jamais ce qui déclenche la catastrophe, mais on en mesurera l’ampleur, dans ce prix à payer toujours trop grand.

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A noter le jeu impeccable des acteurs, Florian Stetter, le père Weber qui éduque religieusement la petite, parfait dans sa conviction, irradiant de foi profonde et de logique dans sa démesure, Franziska Weisz qui incarne la mère, fragile malgré sa force apparente, oscillant entre la bonté et la rage à la moindre contrariété, suintant la frustration. Enfin et surtout Lea Van Acken qui apporte sa fraîcheur enfantine à l’héroïne, posant cette martyre moderne comme une Antigone.

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