A l’avant garde : Anton Gudim – Yes, but

série d'illustrations "Yes, but" par l'artiste Anton Gudim

Que l’homme moderne soit pétri de contradictions, on le sait. Mais mesure-t-on à quel point ces dissonances sous-tendent notre quotidien ? Avec la série « Yes but », Anton Gudim s’est fixé comme mission d’en illustrer les occurrences : et cela ne manque pas de sel.

Observer/dénoncer

Le principe est simple : un dessin composé de deux vignettes aux allures de schéma de montage Ikea, de plaquettes détaillant comment fermer sa ceinture de sécurité en avion. Des teintes pâles, rien d’éclatant ni d’acidulé dans les codes couleurs. Et des situations banales : manger une salade, écouter de la musique, porter une casquette, imprimer un code-barre. Un geste devenu habituel, justifié par notre volonté de bien faire, d’économiser l’énergie, d’être à la mode, de sauver notre planète.

Sauf que la seconde vignette dévoile ce qui se cache derrière ce geste, et c’est souvent l’exact opposé. On se prétend vegan mais on ronge ses cuticules ; on a une paille recyclable… à enfoncer dans un verre en plastique bien polluant ; on se fait tatouer la sentence « Think twice » juste au-dessus du sourcil ; on laisse passer une famille de canards sur un passage clouté avant d’aller se gaver de nuggets au fastfood du coin. Des comme ça, Gudim en produit à la pelle, son compte Insta en affiche jour après jour, tant il y a à observer/dénoncer.

Prise de conscience garantie

Ce que l’artiste en question fait avec un sens évident de la concision, de la mise en scène et du cynisme. Dans son viseur, ces comportements qu’on nous visse dans le crâne à coup de stratégies marketing, et dont nous n’arrivons plus à détecter le caractère manipulateur, encore moins la profonde bêtise, l’absurdité crasse. Et la logique dans tout ça ? Le recul ? Le format adopté, dicté par la simplification à l’œuvre sur les réseaux sociaux, renforce justement l’impact du message, qui tient souvent à un détail. Un détail lourd de conséquences.

Prise de conscience garantie, rire gêné suivi d’un sentiment de honte : comptez en effet sur Gudim pour nous secouer sans pitié. Je dis « nous » car nous sommes tous concernés. Impossible de ne pas se reconnaître dans ces situations évoquées et analysées avec subtilité. Impossible par ailleurs d’oublier : le trait de Gudim est tellement singulier, son style, sa manière d’orchestrer ses sketches, qu’on ne peut en gommer le souvenir.

C’est le propre des affiches expliquant quoi faire en cas d’attaque d’ours, d’attentat terroriste ou d’épidémie. Là aussi, c’est très futé : quand on observe ces vignettes, dans un petit coin de notre cerveau s’allume un signal d’alarme. Et c’est bien de mise en danger qu’il s’agit, de mesures de protection mentale à mettre en place pour sortir de cette folie ubuesque qu’on nous vend comme un modèle de vie. Une norme qui est en train de nous tuer à petit feu.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur l’univers de Gudim, consultez ses différents comptes ainsi que la page Instagram dédiée à Yes But.