Miss Austen : les revers du romantisme

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Miss Austen

D’habitude, le romantisme, noir de préférence, c’est plutôt la came de Dauphine,. Du coup, Miss Austen aurait dû lui revenir de droit. Pas de bol, c’est moi qui ai visionné la série. Et j’avoue que mon petit cœur de punkette féministe a frisé l’infarctus plus d’une fois. Car de romantisme, il n’y en a point dans ce récit d’une rare tristesse et d’une grande lucidité sur le devenir des sœurs Austen et leur formidable et poignante relation.

Cassandra Austen veille au grain

Nous sommes en 1830 en Angleterre. Cassandra Austen apprend l’agonie du pasteur Fowle, un ami très proche de la famille. Ni une ni deux, elle fonce, arrive dans une maison endeuillée où sa présence de vieille célibataire gêne plus qu’autre chose. Il faut dire que la dame ne s’en laisse pas conter, et qu’elle possède autant de caractère que de sagesse … et un sens de la diplomatie très utile dans ces milieux enferrés dans des codes sociaux implacables.

Objectif officiel de la manœuvre : épauler Isabelle, la fille du défunt et d’Eliza, amie intime des deux sœurs Austen désormais décédée ; la jeune fille a fort à faire, vu qu’elle doit vider les lieux dans les deux semaines pour laisser place au prochain pasteur, sa femme et leur nombreuse progéniture, qu’elle ne bénéficie d’aucun héritage et que ses deux seules portes de sortie sont le mariage ou aller vivre chez ses propres sœurs qui sont on ne peut plus revêches. C’est donc assez mal barré pour la donzelle. Mais Cassandra Austen veille au grain et va tout faire pour assurer le bonheur d’Isabelle, qu’elle considère comme sa propre fille.

Élucider un mystère littéraire vieux de deux siècles

Et puis il y a autre chose : Cassy veut absolument récupérer les lettres adressées à Eliza par sa cadette Jane, célèbre autrice entre autres d’Emma et Orgueil et Préjugés, morte 15 ans plus tôt. Et elle va fouiller toute la maison pour retrouver cette correspondance avant que d’autres, moins bien intentionnés, s’en chargent. Le compte à rebours est lancé qui vise à élucider un mystère littéraire vieux de deux siècles. Car aujourd’hui encore, on cherche à comprendre pourquoi Cassy Austen a réduit en cendres les écrits de sa sœur chérie. Et la version de Aisling Walsh, adaptée du roman de Gill Hornby, est tout à fait éclairante, à plus d’un titre.

Pas de spoil, ce serait dommage que vous loupiez ces quatre épisodes prenants, aussi tendres que durs. Car il ne fait pas bon être une femme dans l’Angleterre de George III. Pour tout dire, elles ne sont rien sans passer par la case mariage/enfantement. Et si elles zappent ces deux étapes, elles se condamnent à la misère. C’est ce qui va arriver aux deux sœurs qui, pour des raisons différentes, vont refuser des alliances avec de riches jeunes gens. Besoin de demeurer libres, de demeurer ensemble ? De se soustraire à la brutalité de la vie de couple où la femme se venge de son écrasement en s’en prenant à ses semblables ?

De romantisme, donc point

On notera la férocité de ces dames. C’est à celle qui invisibilisera les autres ; malheur aux indociles qui font acte d’originalité dans cette surenchère de bonnes mœurs affichées, revendiquées et d’une rare hypocrisie. L’ordre, le bon sens, l’obéissance, ce climat matriarcal devient très vite étouffant et il faut ruser pour s’en extraire. Le duo Jane / Cassandra savait y faire, avec autant de subtilité que de clairvoyance. Au fur et à mesure que Cassy retrouve les missives de sa défunte sœur, elle revit le passé, et nous avec elle. L’occasion de découvrir dans quel contexte Jane Austen écrivait, la mentalité qui l’animait, sa méfiance des conventions sociales, son regard acéré porté sur une société où la femme est contrainte au mariage pour gagner une émancipation illusoire.

De romantisme, donc point, nada, niente. De la brutalité, oui, beaucoup, pas physique, mais mentale, morale, verbale. Personne dans ces images ne fait de cadeau à personne. Les moments difficiles sont légion dans ce récit, et ils vont vous retourner comme des crêpes. Injustice, méchanceté, convoitise… les soeurs Austen eurent fort à faire pour conserver leur marge d’action et leur liberté de penser. On appréciera la brochette d’actrices qui donnent vie à ces héroïnes : Keekey Hawes, Patsy Ferran Rose Leslie, Jessica Hynes, Liv Hill, Synnøve Karlsen, Madeleine Walker, Mirren Mack … Brillantes, attachantes, convaincantes… toutes arrivent à transmettre cette vibration particulière véhiculée par les romans de Jane Austen, sans jamais tomber dans le grotesque.

Simplicité, épure, cadence, la série se savoure à chaque seconde, qu’elle soit tragique ou heureuse. On comprend pourquoi l’écriture d’Austen plaisait tant. C’était un instant l’opportunité de s’abstraire des carcans, de trouver un semblant de dignité, de laisser transparaître sentiments et émotions dans un univers où on devait les taire obligatoirement. A voir donc absolument, parce que c’est beau, juste, poignant, irritant, insupportable, plein d’espoir aussi.

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Padme Purple

Posted by Padme Purple

Padmé Purple est LA rédactrice spécialisée musique et subcultures du webmagazine The ARTchemists. Punk revendiquée, elle s'occupe des playlists, du repérage des artistes, des festivals, des concerts. C'est aussi la première à monter au créneau quand il s'agit de gueuler !