
Les jours raccourcissent, les esprits aussi. On suffoque dans la chaleur, on s’engourdit dans la répétition. Et pourtant… sous la surface tiède et léthargique, ça crépite. Pas une explosion, non. Un tison. Une tension sourde, électrique, un éclat d’émotion contenu prêt à griffer. Les dix morceaux de cette semaine vibrent d’une urgence feutrée, entre rage rentrée, solitude stylée, et éclats de grâce retenus. Rien de spectaculaire ici, mais tout est brûlant.
Les 10 artistes à l’honneur ?
Herman Dune – « Sneakers on the Telephone Line »
Une scène anodine – des baskets suspendues à un fil – devient prétexte à une ballade mélancolique. Herman Dune fait du Herman Dune : folk déglinguée, voix traînante, poésie désabusée. C’est du Jarmusch en musique, du souvenir de vacances en noir et blanc. On se laisse porter, nostalgique et lucide.
Shrink the Giant – « We’re Both Idiots »
T’as déjà aimé quelqu’un au point de devenir con ? Shrink the Giant, oui. Et ils en font un hymne indie pop rageur, qui passe de la tendresse à la colère en un clin d’œil. C’est sale, c’est sincère, c’est le genre de chanson qui résume une rupture mieux que six séances chez le psy.
Ozibut – « Créature »
Un cri venu d’un autre monde. Électro cold, paroles murmurées, ambiance à la fois clinique et organique. Créature est un malaise fascinant, une plongée dans une intériorité fracturée. Ozibut capte l’angoisse contemporaine avec une élégance froide et perverse.
Pokey LaFarge – « End of My Rope » (live)
Du swing, du blues, du vieux rêve américain en mode déglingue. Pokey LaFarge, c’est la classe des crooners et la sueur des bars de campagne. En live, ça prend aux tripes : ça danse, ça pleure, ça sourit. Une corde au cou, mais l’air de s’en foutre.
BRDN – « Up and Down » (live)
Un morceau qui ne tient qu’à un fil. BRDN nous balade entre apesanteur et chute libre, voix posée, groove lent, tension qui monte en silence. Une perle brute, captée dans l’intimité d’un live sans filet. On retient son souffle jusqu’à la dernière note.
Lobsterbomb – « Nightbird »
Ça sent le cuir, les néons, l’errance. Lobsterbomb signe un bijou post-punk new wave qui fait hocher la tête sans qu’on s’en rende compte. Nightbird, c’est une fuite nocturne à travers Berlin, un oiseau blessé qui s’obstine à voler. Stylé et sincère.
Tune Amok – « Night Mare »
Attention, mirage toxique. Night Mare est un trip psychédélique halluciné, qui mélange textures électro, voix spectrales et pulsations inquiétantes. On pense à Massive Attack croisant Nine Inch Nails dans un rêve sous anxiolytiques. Tune Amok, troublant et addictif. Il y a de ça.
Blood Orange ft. Caroline Polachek, Lorde, Mustafa – « Mind Loaded »
Une dream team au service d’un spleen élégant. Devonté Hynes mêle les timbres avec brio, entre sensualité éthérée et tension sous-jacente. Le titre dit tout : Mind Loaded, cerveau surchargé, émotions en vrac. Hypnotique, vénéneux, magnifique.
The Charlatans – « We Are Love »
Les vétérans ne lâchent rien. The Charlatans balancent un hymne solaire, presque naïf, mais porté par une sincérité désarmante. Ça groove, ça donne envie d’y croire encore un peu. Pas de cynisme ici, juste une lumière tamisée dans le chaos ambiant.
Bleary Eyed – « Easy »
Ironique, le titre. Parce que rien n’est “easy” ici : guitares saturées, voix noyée dans la reverb, ambiance pâteuse. Bleary Eyed joue la carte du grunge lo-fi pour décrire une léthargie moderne. C’est flou, c’est bancal, mais ça tape juste dans le cœur.
Allez bon appétit à vos oreilles et à la semaine prochaine pour de nouvelles vibrations mélodiques !
Et plus si affinités ?
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