Variations sur l’alcool et le désir : Simeo à chaud, à froid et sans artifice

visuvad

La semaine dernière, un de nos rédacteurs revenait de sa bourlingue culturelle avec dans ses filets les Variations sur l’alcool et le désir de Siméo. Une chronique qui nous a mis la puce à l’oreille car après dix ans à évoluer entre albums, scène et compos pour des pointures comme Jennifer ou Amel Bent, Siméo, créateur prolifique et multiinstrumentiste hyperactif, investit l’intimité de l’Auguste Théâtre pour un spectacle d’une heure, seul, guitare à la main.

Un spectacle dont la promotion ne s’est pas déroulée suivant les poncifs de la comm’ actuelle : pas de vidéos du spectacle, aucune photo, ET pas d’album. Bref une approche à rebours du système, appuyé uniquement par la récurrence des phrases clés de ses textes, et une websérie A chaud qui retrace de façon très ironique les potentielles réactions de son auditoire, une fois le récital terminé. Le tout en noir et blanc comme si le monde avait perdu ses couleurs.

10694284_10152369208645952_658716720390822417_o

La chose ferait frémir d’angoisse indignée n’importe quel gros producteur. Et pourtant … Variations sur l’alcool et le désir est un petit bijou de bonheur poétique, alimenté par les déconvenues amoureuses d’un narrateur qui chante son deuil affectif, une fois la belle partie. Qui est responsable, de lui qui a déconné un soir d’ivresse ou d’elle qui n’a pas su pardonner ? Peu importe, ce qui ressort de ces morceaux, ce sont les étapes d’une acceptation, un lent processus qui détaille une histoire d’amour d’un printemps à l’autre.

Le discours ici est précis et émouvant : érotique juste ce qu’il faut pour rappeler à bon escient que très souvent l’amour s’enracine dans l’acte sexuel, cette « baise » que le chanteur évoque comme un fil conducteur car elle est épanouissement des sens et émerveillement partagé. Dehors les frémissements de princesses frigides, Siméo est hédoniste, chantant les vibrations des corps et des âmes tandis qu’il caresse les cordes de sa guitare – une Takamine, preuve qu’il choisit mieux ses instruments que ses compagnes – comme il le ferait d’une chevelure emmêlée.

5uec_QUOTENEWSLETTER21_1

Ni baudelairien, ni rimbaldien, surréaliste aucunement, jamais précieux, s’il apparaît en scène à la manière d’un Brassens ou d’un Léo Ferré aux grandes heures des récitals à textes, le poète n’en imite guère les accents, libérant un univers versifié qui lui est propre. La chose est suffisamment rare en ces temps de copie tout azimut pour être soulignée. Et ses réflexions d’alterner avec les phrases atones d’une intonation féminine qui évoque La voix humaine, la pièce terrible de Cocteau, recomposant ainsi le dialogue amputé du père d’Orphée et des Enfants terribles.

Histoire de solitudes modernes, des êtres qui s’aiment trop vite et avortent leur passion, rattrapés par les contingences matérielles d’une société sans pitié ? Pourquoi soudain ne s’aime-t-on plus ? Est-ce irréversible, notre malédiction à tous ? Chaque vers ici se déroule comme un miroir pour nos propres regrets, nos remords, nos anxiétés. Seul sur le plateau de ce théâtre aux allures de café concert, proche à nous toucher, l’artiste se vêt de halos de lumières qui soulignent ses états d’âme, et l’on goûte cette mise en espace sculptée d’éclats mauve, blanc et orangé. Le tout se savoure, augurant d’une autre manière d’aborder l’acte scénique, sans applaudissements ni rupture, en cassure volontaire des conventions.

À CHAUD #5 from Siméo on Vimeo.

« On ne guérit pas de l’amour. Le temps fait ses choses, il les fait de son mieux, mais à part lui, rien ni personne n’y peut vraiment. » Variations sur l’alcool et le désir découle de ce lent processus de guérison, il en est l’enfantement et la succession. Une thérapie, peut-être, un lendemain sûrement.

 

Vous désirez assister à ce spectacle ? Il y a des places à gagner par ici :

 https://www.facebook.com/events/727105534038137/?context=create&previousaction=create&source=49&sid_create=605695322

 

Merci à Thomas W.

Merci à Benjamin Getenet pour son regard et son analyse.

 

Et plus si affinités

http://www.variationssurlalcooletledesir.fr

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.