The Witch : la fabrique aux sorcières

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Cette semaine, notre chronique cinéma se concentre sur un premier film qui fait déjà beaucoup de bruit. Récompensé par le Prix de la mise en scène au festival de Sundance puis par le prix du jury Syfy à Gerardmer 2016, The Witch s’impose dés les premières séquences comme un film de genre particulièrement oppressant mais dont le message dépasse le cadre du simple récit horrifique.

Le réalisateur Robert Eggers retrace en une heure trente d’images aux tons froids le devenir d’une famille puritaine qui, bannie de la communauté où elle s’était implantée, choisit de vivre sa foi extrême à l’orée d’une forêt de Nouvelle Angleterre. Nous sommes au début du XVIIeme siècle au temps des premiers colons, dans une Amérique sauvage où l’isolement n’est pas la meilleure solution en terme de survie. Mais ici le danger ne viendra pas d’une nature hostile, de la faim ou de la maladie, des tribus indiennes.

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S’appuyant sur des documents historiques, des récits, des gravures, Eggers et son équipe composent un tableau particulièrement frappant des mentalités d’alors, évoluant entre fanatisme religieux et superstition ancestrale. L’intrigue est simple : qui ici s’en prend à ce couple et ses cinq enfants ? Des bêtes féroces ? Le diable ? Une de ses servantes ? Ou l’un des membres du clan ? La problématique explore le cheminement lent de la folie, l’abandon progressif de valeurs extrêmes, la quête de vertu absolue qui conduit au Mal. C’est bien connu, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

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Accouplant les ouvrages de théologie Daemonology de Jacques VI d’Ecosse et Le Marteau des Sorcières, fondateurs des chasses aux enchanteresses qui sévirent à la Renaissance, avec des influences comme les tableaux de Goya, Le 7eme Sceau et Cris et chuchotement d’Igmar Bergman, Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller, Shining de Kubrick ou Le Projet Blair Witch de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, Eggers montre avant tout les ravages mentaux suscités par l’ignorance et la foi aveugle.

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Peur des élans du corps, refus de la nature humaine, recherche forcenée d’une vertu qui frise à la contrition constante et nourrit les frustrations et les angoisses diverses, l’engrenage de la persécution s’enclenche tout naturellement dans un microcosme familial isolé du reste de l’humanité et confronté à une force dont il ignore la force de nuisance. Décors naturels superbes car farouches, costumes d’une grande justesse, la vraisemblance est soulignée par la force du jeu des acteurs, notamment Anya Taylor-Joy dans le rôle de la jeune Thomasin et Harvey Scrimshaw qui interprète son petit frère Caleb.

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Refusant la facilité des effets spéciaux et du gore, Eggers privilégie une tension psychologique perceptible dans le travail des lumières, les cadrages, le rythme du montage, l’alternance de séquences très longues avec des moments de crise. Sans être un absolu chef d’oeuvre, The Witch a ainsi le mérite de proposer une analyse intéressante tout en plongeant le spectateur dans une époque et une logique qui en disent beaucoup sur les errances de notre propre siècle.

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Pour en savoir plus sur The Witch, suivez ces liens :
http://thewitch-movie.com/
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