The Crown … must always win

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1947 : l’Angleterre se relève difficilement de la deuxième guerre mondiale. Entre restrictions alimentaires et énergétiques, économie à reconstruire et colonies vacillante, l’empire britannique s’apprête à vivre une nouvelle épreuve : la mort de son roi. Lui succède une souveraine jeune encore, inexpérimentée, dont le règne va traverser les crises successives des Trente Glorieuses : Elisabeth II. Inspirée de la pièce The Audience de Peter Morgan qui l’adapte et la développe ici à l’écran, la nouvelle série de Netflix raconte par le menu la métamorphose de la princesse Lilibeth en Regina Elisabeta Gloriana. Et le moins qu’on puisse dire est que ce récit est à la fois haletant, addictif … et polémique ?

C’est que le parcours de la jeune monarque dans la jungle du pouvoir et des relations diplomatiques est à la fois révélateur des vicissitudes humaines et de la complexité d’un système politique séculaire. Les monarques anglais n’ont que peu de marge d’action, … mais des obligations en nombre et d’abord celle de symboliser la force de leur pays, son unité, son harmonie, sa tradition. Une véritable fonction patrimoniale qui interdit toute forme de choix personnelle, de vie quotidienne. Enfermée dans ses palais magnifiques, Elisabeth l’est aussi dans un emploi du temps et un protocole qui abolit sa vie de femme, d’épouse et de mère. Elle doit privilégier sa rang et sa couronne par rapport à ses relations affectives. Et toute la famille royale doit se plier à ses ordres, eux-même dictés par la dignité de la charge.

Autant dire que cela ne va pas sans mal : l’entourage s’accommode mal de cette discipline austère qui abolit les élans du coeur sur fond de mutations mondiales en série. Car en ce début de Guerre Froide, les relations internationales sont implosives, et la Grande Bretagne peine à conserver son rang d’arbitre, écorné par cinq ans d’un conflit meurtrier. D’épisode en épisode, on sent ce rayonnement s’affaiblir … et on s’interroge : comment cette reine à peine éduquée, qui ignore tout hormis les subtilités d’une constitution d’un autre âge, va-t-elle pouvoir préserver un modèle visiblement obsolète ? Comment rester crédible quand on ignore tout des préoccupations de ses sujets, quand on ne fait jamais ses courses, qu’on ne peut vivre ses amours librement ?

La question est posée, pertinemment quand Philippe d’Edimbourg, l’époux passé au second plan, fait diffuser le couronnement à la télévision, un succès médiatique d’envergure … que ministres et conseillers regardent d’un oeil critique, puisque cette manoeuvre offense la bienséance ? La chose devient grotesque et tragique quand la jeune soeur de la reine, Margaret, doit abandonner l’homme qu’elle aime, roturier et divorcé, une honte pour la famille, au grand damn de la foule qui appuyait cette romance de ses suffrages. Pour narrer cette difficile avancée dans le XXeme siècle, le réalisateur de Billy Elliot Stephen Daldry vient épauler l’écriture de Peter Morgan, qui avait déjà oeuvrer sur The Queen. Travail soigné de la photographie, nuances douces, feutrées, on évoque par moment l’objectif d’un James Ivory, jusque dans la manière de capter les regards, les émotions.

Elles sont nombreuses et refoulées, dans ce jeu de masques perpétuel. On appréciera l’interprétation de Claire Foy dans le rôle de la reine, déjà aperçue dans Wolf Hall où elle jouait une Ann Boleyn aussi fougueuse que manipulatrice. Ici c’est la concentration qui prévaut, la retenue, le contrôle. A ses côtés Matt Smith incarne un Prince Phillip perdu face aux prérogatives d’une femme devenue souveraine, John Lithgow trace un Sir Winston Churchill flamboyant, Jared Harris un Roi George VI d’une humanité époustouflante, Eileen Atkins une Reine Mary d’une élégance toute britannique. En contre point Alex Jennings prête ses traits au duc de Windsor qui a abdiqué par amour et fut banni du cercle familial et de son pays en conséquence.

L’ensemble compose une fresque fascinante, où intérêts politiques et personnels se mêlent dans une valse de contradictions qui éclairent la délicate notion de pouvoir. La formule semble séduire : ce ne sont pas moins de six saisons qui sont prévues pour conter les aléas de ce règne, autour d’une héroïne hors normes qui gagne en aura par le simple fait qu’elle existe toujours, véritable emblème d’un pays en quête de sa gloire passée.

Et plus si affinités

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