The Bridge : géométrie du rêveur

The Bridge a tout de la petite torture chinoise : raffiné, vicieux et finement ciselé. Puzzle-game aux dessins crayonnés en noir et blanc, il nous propose de résoudre une série d’énigmes en maniant différentes mécaniques de jeu : le titre nous propose en effet de pivoter l’écran à volonté ; en manipulant ainsi la gravité on doit traverser des architectures impossibles en évitant les pièges, les obstacles et en ramassant des clefs.

En cela, The Bridge est le parfait représentant de toute une branche du jeu indépendant qui cherche à créer de nouvelles situations de jeu, de nouvelles expériences en construisant son propos autour d’un concept de gameplay : ici l’évolution dans les différentes architectures proposées, trouver comment s’y engager, comment y manipuler les objets sans finir dans le vide ou écrasé par un rocher.

De la petite référence à Newton qui ouvre le jeu à la première fin, c’est tout un portrait du scientifique en rêveur qui est griffonné au crayon gras : figure touchante, pensive, que la musique discrète et pertinente vient finir d’évoquer. De cette plongée dans l’esprit du dormeur, on regrette néanmoins le manque d’étoffement de la thématique du voyage introspectif, les différentes répliques qui ponctuent notre avancée semblant un peu jetées là au hasard.


Et c’est peut-être là que The Bridge, nous rappelant à quel point Braid est un chef d’œuvre, vient se heurter au modèle un peu écrasant de son aîné ; et d’accuser la difficulté pour un puzzle-game onirique de venir l’égaler sur le terrain du voyage introspectif : celui de la promenade dans sa maison comme promenade au fond de soi-même – les deux jeux partageant la bicoque comme hub permettant d’accéder aux différents niveaux du jeu. Peut-être The Bridge place ici le doux logis comme la confession d’un modèle indépassable, et par ce vœu d’humilité se fait excuser toutes les faiblesses qu’il pourrait avoir.

Puisque finalement, ce titre incarne aussi ce moment où le jeu-vidéo se libère de toutes les influences d’autres médias (notamment celle du cinéma, mais aussi celle du roman – qu’on ne relève peut-être pas assez souvent) et se donne les moyens de nous plonger dans son rêve de formes impossibles, que parcourir a la saveur d’une rêverie d’enfant plongé dans la contemplation.

Et plus si affinités.

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