Speedlines mangas – Je ne suis pas mort 1 & 2 : Robinson Crusoé à la japonaise ?

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Publiés en 2007 puis 2010, les deux volets de Je ne suis pas mort ont ceci d’intéressant que ses héros sont des hommes du quotidien, poussés par la force des choses et la cruauté de la société à se retirer en ermite dans les montagnes isolées du Japon. Du coup la narration construite par Motomiya Hiroshi produit là un seinen d’un genre très particulier où se mêlent le poétique, l’introspectif et le régressif dans une quête de l’identité qui par certains côtés affiche une valeur philosophique forte assimilable par exemple aux thématiques chères à Mishima.

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Dans le premier tome, Okada Kenzô, employé âgé de 60 ans, est violemment licencié du jour au lendemain : plus assez rentable, trop traditionaliste, incapable de s’adapter aux nouvelles technologies, il est remercié de manière musclée pour apprendre dans la foulée que sa femme l’a quitté, emportant tout, enfants, meubles, objets … et son plan de retraite. Totalement dépouillé, Okada Kenzô n’a plus d’autre recours que le suicide, qu’il rate bien sûr. Perdu dans les forêts escarpées où il s’était retiré pour se supprimer, il décide donc d’y rester et d’y vivre seul, coupé du monde, avec pour seules ressources celles de la nature.

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C’est en cela qu’il diffère du héros emblématique de Defoe dans la mesure où il décide de son isolement, il l’assume et va y puiser une source de jouvence et de bonheur, y trouver le sens de la vie … Passons sur les péripéties qui composent ce récit, qui se prolonge sur un deuxième volet où le fils de Okada Kenzô reprend l’héritage social et philosophique de son père pour lui aussi trouver la plénitude en marge de la société. Une société dont l’auteur, d’une plume aussi énergique que fine et délicate, critique la rudesse et la course au profit, à la rentabilité. Son propos dépasse le cadre d’une simple aventure pour ancrer les personnages dans une réalité peu amène, où il est difficile d’être soi-même.

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Valeur de la terre, retour à la nature, péril du consumérisme, décomposition des liens familiaux, avec Je ne suis pas mort l’image d’Épinal du manga sensationnaliste truffé d’aventures rocambolesques et de super héros implose pour développer une vision beaucoup plus sérieuse et une véritable réflexion sur les travers de la modernité. Même s’ils manquent de nuances dans leur profil, les personnages s’avèrent vite attachants, on les suit pas à pas dans la découverte de leurs limites et de leurs richesses intérieures, et très vite on se demande ce qu’on ferait à leur place.

Et plus si affinités

http://www.editions-delcourt.fr/serie/je-ne-suis-pas-mort-1.html

http://www.editions-delcourt.fr/serie/je-ne-suis-pas-mort-2.html

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