Spectacle / Par hasard et pas rasé : Gainsbourg, l’auréole du génie …

Regardez bien cette vidéo, oui, oui cliquez, et faites vous plaisir :

Je pense que vous aurez reconnu Yolande Moreau et Philippe Dusquene du temps qu’ils officiaient chez Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Philippe Dusquene qui marqua les esprits par cette imitation assez incroyable de l’homme à la tête de chou. Et qui remet le couvert pour notre plus grand plaisir au Théâtre Le Monfort jusqu’au 19 janvier 2012.

Un spectacle entre concert et cabaret, pensé avec Camille Grandville, où l’on déroule les morceaux connus ou inconnus de Gainsbourg sous un prétexte simple : Frankie et son orchestre, chanteur, piano, contre basse, batterie, choristes, se chauffent pour jouer un show dédié à l’auteur de la « Balade de Melody Nelson », qu’ils vénèrent. Tous arrivent par la salle transformée en restau, avec tables, chaises et loupiottes, avec leurs petites vies, leurs petits soucis, leurs joies et leurs névroses d’artistes. Ils s’installent, se préparent, répètent …


Théâtre dans le théâtre : une ruse d’auteur classique mais efficace pour nous amener sans même le comprendre au cœur de l’univers gainsbourien, … le texte. Car au bout d’une heure de feu d’artifice verbal sur fond de mélodies anthologiques (admirablement interprétées par des musiciens d’une rare qualité, Joël Bouquet au piano et arrangements, Patrice Soler à la contrebasse, Guillaume Arbonville à la batterie), force est de constater que nous tenons là l’un des plus grands poètes de la littérature française. Jouant sur les mots, les sonorités, écorché vif propulsant ses ressentis en syllabes de feu et de velours sur un public conquis et qui en redemande avec force cris et applaudissements.

On comprend mieux pourquoi les dames ont fondu comme neige au soleil dans les bras de ce seigneur. Les dames : le spectacle revient en boucle sur ces présences féminines qui irradièrent l’univers de Gainsbourg, lui prêtèrent voix, physique, douceur et glamour, tristesse et souffrance aussi, amertume et détachement au finish, quand la rupture arrive et ses déceptions, oubliées quand débarque une nouvelle amazone ou une femme enfant. Le choix des deux choristes, Celia Catalifo et Adeline Walter, est de ce point de vue d’une extrême pertinence, ces demoiselles affichant le profil physique et vocal qu’affectionnait le grand Serge, entre Juliette Greco, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Jane Birkin, Isabelle Adjani.


Et l’on se laisse vite prendre, coincés par pianiste virtuose et alcoolique, jolies filles rebelles et douces aux talons aiguilles et aux boas coquins, percussion caressantes, contrebasse jazzy … avec au centre comme un moteur silencieux et bien rôdé, un Philippe Dusquene qui sait s’effacer, se fondre dans le groupe pour mieux le mener au terminus de cet incroyable voyage. « La Javanaise », message d’adieu sucré salé, vient clore une exploration frémissante, sensuelle, cruelle parfois, après « Qui est in, qui est out ? », « Dieu est un fumeur de havanes », « Harley Davidson », « Black trombone », « Les dessous chic »et autres petites pépites égrainées par un interprète qui semble investi.

Pas de jeu appuyé, pas de caricature, un chanteur qui se glisse doucement et avec une progressive délectation dans le répertoire d’un génie. Une baignade dont on ne ressort pas indemne, semble-t-il nous dire silencieusement, au fur et à mesure que ses traits se superposent à ceux de Gainsbourg, comme s’il se laissait posséder avec une volupté fatale. Point d’orgue de ces minutes de plaisir, « Variation sur Marilou » scandé comme un moderne et rimbaldien « Bateau ivre » des sens et de l’orgasme féminin et surtout « Je suis venu te dire que je m’en vais » murmuré tandis qu’une vidéo nous montre Yolande Moreau –clin d’oeil subtil et d’une grande tendresse au duo qui a engendré ce spectacle – venue caresser la tombe de son aimé disparu de roses blanches.

Et de cerner alors un peu plus le secret de Gainsbourg : chanter l’amour en urgence … parce qu’un jour on mourra.


Et plus si affinités

http://www.lemonfort.fr/agenda-programme/par-hasard-et-pas-rase

 

 

 

 

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