Soto dans les collections du Centre Pompidou : la forme du chaos

Blue Penetrable BBL

C’est à l’occasion d’une dation que les créations de Jesus Rafael Soto sont exposées dans les collections du Centre Pompidou. L’exposition s’ouvre sur le pivot de son oeuvre, la rencontre de deux possibilités de l’environnement : le bain pictural – plongée dans la pure contemplation de la couleur – et l’interaction avec le spectateur par son implication physique. Le Pénétrable ici exposé, appartenant une grande série d’oeuvres du même type (dont l’une avait sa place dans le grand hall de Beaubourg avant qu’on décide d’y mettre un magasin design branchouille – décidément rien n’est gratuit), nous fait rentrer dans l’exposition comme par un sas de décompression.

On s’oublie un instant pour mieux pénétrer dans l’univers de l’artiste ; c’est alors une pluie qui tinte tout autour de nous, forêt quand on lève la tête, les bâtonnets de plexiglas qui forment le Pénétrable venant se cogner doucement contre nous dans un bruit cristallin. C’est comme l’aboutissement de toutes les recherches de l’artiste : son exploration d’un univers de chaos, bloc de sensation mis en forme dans cette équivalence entre la pluie, la forêt, et une vision d’un chaos primordial, d’un espace entre toute chose.

C’est ainsi que s’instaurent plusieurs dialectiques qui sont au centre de l’oeuvre de l’artiste vénézuelien : celle de l’opposition forme/informe – par le rapport entre la couleur donnée pure, comme un bain, et la vibration optique des trames serrées que chacun de nos mouvement anime follement – tout autant que celle de l’objet et du vide : les oeuvres de Soto ont cette propriété fascinante de combiner le vide et le plein, l’un devenant en quelque sorte la syntaxe de l’autre, tout en gardant son caractère verbal, énonciateur. L’oeuvre nous rappelle alors à sa proximité d’avec celle de Klein – dont l’artiste était l’ami – mais également d’un mouvement comme Fluxus, de John Cage, s’inscrivant au coeur de toute une fascination des années 1960 pour ces questions.

Gran Doble Escritura, 1977.

L’autre qualité fascinante de son travail, c’est l’extrême simplicité d’accès de son oeuvre, son caractère parfaitement instinctif, où chaque forme impose son évidence : l’enfant qui entre dans le pénétrable, faisant alors l’expérience de son corps, y est évidemment bienvenu : oeuvre accueillante, pied de nez à la pensée d’un art seulement visuel (le comble pour un artiste « cinétique ») pour la promotion de celui qu’on peut sentir et vivre dans le rapport le plus simple, le plus évident, sans qu’il en perde en puissance significative.

Des grandes surfaces de couleurs qui flottent dans une vibration chaotique, où se rejoue le rêve malévichien de la forme qui vole, flottante, dans un espace de pure sensation – rêve offert ici au spectateur, aux grandes arabesque qui s’écrivent dans l’air qui vibre, imagerie presque biblique du verbe qui se forme dans l’informe, et (miracle) organise alors l’espace de la toile.

Les tableaux semblent alors sortir de leur cadre pour recouvrir toute la surface du musée : ses murs blancs et ses grandes baies vitrées, espace infini des tableaux de Mondrian qui envahit tout ce qui l’entoure, comme cette forêt de tiges métalliques : Extension, autour de laquelle on tourne à l’infini, perdus dans le rêve de ses volutes de couleurs qui se font et se défont à l’infini.

Et plus si affinités

http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-5ce443525e9349c9637463ff72667719&param.idSource=FR_E-75e251a21358a53876e4707ac8c185cb

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.