Rose Bertin Couturière de Marie Antoinette : la Chanel du XVIIIème siècle ?

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Voici en substance l’impression qui émerge de l’ouvrage signée Michelle Sapori. L’auteur y retrace le parcours de la « marchande de mode » attitrée de la reine, sa « ministre des modes », adulée des femmes du monde, redoutée des budgétaires du royaume. C’est qu’elle va coûter cher à la Couronne, cette créatrice avant l’heure, venue de sa Picardie natale avec dans la tête et les mains l’étincelle de génie qui transformera la vêture pour en faire un style. Contemporaine de la Du Barry, son parcours ressemble à celui de la courtisane, à cette différence près que la Bertin délaissera les alcôves pour préférer les boutiques de mode.

La sienne, baptisée Le Grand Mogol, va très vite devenir un pilier du monde occidental, rayonnant sur Versailles et Paris, la France, toute l’Europe et les Amériques. Partout l’on se dispute ses modèles avec rage, et aucune dame ne peut prétendre être à la page si elle n’est vêtue et coiffée par la Bertin. Au fil des chapitres,  c’est une mode outrancière, tapageuse, spectaculaire, importable et flamboyante qui se décline comme un miroir des spasmes du temps, pour devenir plus sage, plus légère, alors que le pouvoir s’effrite et que la Révolution se dessine inéluctablement. De fait le livre nous permet de découvrir les ficelles de cet univers de la mode en pleine gestation.

Concurrents, acteurs de la filière, apparition de comportements d’achat compulsif, le tableau se complète progressivement, détaillant l’ascension sociale de la magicienne Bertin ainsi que les liens complexes entre apparence et pouvoir, une équation qui préfigure notre actuel rapport à l’image et aux marques. Edité par Perrin dans la collection « Les métiers de Versailles », Rose Bertin Couturière de Marie-Antoinette excède sa fonction première de biographie pour offrir une étude précise et attractive d’un phénomène économique et social, qui pose solidement les fondations d’une dictature de l’image, creusant ainsi la piste ébauchée dans le film Marie-Antoinette de Sophia Coppola, où du reste la modiste n’apparaît étrangement pas.

 

Et plus si affinités

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