Rock en Seine 2013 : under the deep dark wave

Bon vous vous doutez bien qu’avec 56 groupes au programme, je n’ai pas pu tout faire. Il a fallu sélectionner en fonction des goûts, des envies, du timing, de l’état d’évolution des projets, de ceux qu’on avait déjà vus, de ceux qu’on ne voulait louper à aucun prix …

Partant du principe que la couverture média était énorme, pour ne pas dire saturée, et que nos petits camarades de jeu des autres structures se feraient une joie de tout vous raconter par le menu avec force vidéo/photos/interviews/comptes rendus, je me suis au finish fait plaisir en me concentrant sur mon domaine de prédilection : le dark.

Et pour être honnête j’ai été servie au-delà de mes espérances car le line up de cette 11eme édition était bien achalandé en la matière, avec force nuances et richesses, au travers d’occurrences multiples et complémentaires : bref de quoi avoir un panel assez complet de ce qui se fait de mieux en la matière. Prêts pour une démonstration ?

Savages : girls are cruel

Ainsi lorsque Jehn, Gemma, Ayşe et Fay prennent d’assaut la scène de la Cascade vendredi 23 vers 16 heures et qu’elles déversent le punk rock syncopé de leur récent et premier album Silence Yourself sous un soleil de plomb, happant le public dans leurs chants mythiques comme quatre sirènes avides d’Ulysse.

Terribles anglaises, de noir vêtues comme des sorcières, modernes Circé, la guitariste Gemma Thompson et la bassiste Ayse Hassan, tendues comme des cordes d’arc, tête baissée pour l’une, corps arqué pour l’autre, des jaguars prêts à l’attaque, la batteuse Fay Milton qui défonce ses fûts sans pitié, scandant les halètements de Jehnny Beth (Camille Berthomier au civil et française d’origine) qui oscille sur scène comme une lutteuse possédée.

Une sacrée actrice que la Jehn (normal elle a débuté comme ça), cheveux rasées telle une hérétique condamnée au bûcher, une nonne au moment de ses vœux, présence incroyable qui n’est pas sans rappeler celle d’une Maria Casarès, empoignant le public au cœur pour le secouer sans ménagement ni compromis, et cette manière de se balancer comme une hystérique, de puncher l’air pour accoucher de ses cris.

 

Tomahawk : complete weapon

Une leçon de théâtre barock que Tomahawk complète à sa manière une heure après le passage des sauvages imprécatrices. Et pour sûr là aussi pas plus de compromis : le combo de Mike Patton n’est pas là pour faire de quartier. Alternatif, expérimental et là aussi propulsé par une énergie démentielle qui fait écho à celle de Savages,  leur pendant féminin pourrait-on se demander.

Batterie, basse, guitare : une triade qui appuie les synthés de Patton comme l’aviation fait le vide pour les chars. Et Patton ici de remplir son rôle de blindé à l’image de son homologue létal, jouant de la voix et des vocalises tandis qu’il malmène ses claviers à l’extrême.

Manipulation des sons, amplifications et éructations, il s’agit là aussi de déclamer les textes plus que de les chanter, comme une prière, un poème qui explose lorsque le cri surgit des lèvres du chanteur pour nous frapper en plein front.

Black Rebel Motorcycle club : like a music box ?

Eh oui, si leur set ressemble à une charge de cavalerie, il faut bien reconnaître qu’il est aussi huilé comme une mécanique sans faille, une boite à musique qui jamais ne se fausse. Il faut dire qu’en quinze ans, les californiens ont eu le temps de rôder leur jeu, et cela se sent d’entrée tandis qu’ils prennent possession de la grande scène au milieu de la fumée.

Tout de sombre parés, lunettes de soleil opaques, c’est parti pour une heure de rock pur, dur, sûr. Une rythmique comme un balancier, qui ne varie presque pas d’un morceau à l’autre, dicté par une Leah Shapiro posée derrière ses tambours comme une grande prêtresse, indifférente à tout sur son autel.

Peter Hayes et Robert Levon Been, ses deux comparses se chargent de faire sonner leurs cordes, de leurs guitares usées qu’ils alternent, de même le chant, ajoutant parfois un harmonica pour faire soudain apparaître devant nous les déserts de la Death Valley, l’ambiance des road movies, la 66, tout un monde de fantasmes auxquels leurs morceaux collent comme une peau de lézard, un cuir de buffle.

JC Satan : we’re cursed and we like that

Vous allez me dire que je fais du favoritisme, que je me répète, que je suis partiale, tout ça. Mais je n’en ai cure. Et c’est ma grande grande fierté de placer dans ce listing aux couleurs anglo-saxonnes internationales un groupe français qui porte haut le drapeau du rock dans son émanation la plus sombre, trouble et désespérée qui soit.

Je ne reviendrai point sur le fond de la chose, ma rencontre avec les bordelais aux 3 Eléphants avait été claire sur bien des points : un coup de foudre dont je ne me suis pas encore remise, et Rock en Seine en remet une louche bien remplie car Arthur, Paula, Dorian, Ali (devenue brune jais) et Romain (qui a récupéré l’usage de son bras)  vont prendre en main l’espace de la scène industrie avec cette détermination passionnelle dont ils font preuve à chaque concert depuis le début de leurs aventures.

Fidèles à eux-mêmes, boutanche de Jack Daniels pas loin des pédales de guitare, clope à la bouche ils posent leurs balances en scrutant les lieux, tranquilles avant d’asséner leur live à un public blindé de chez blindé, toujours aussi explosifs alors qu’ils sortent à peine du Cabaret Sauvage, le voyage dans les pattes, faussement tranquilles devant leurs micros pour tomber en transe au détour d’un accord. Bonheur, fierté, plaisir, j’vous dis !

Nine Inch Nails : no mercy for us

Je pense que personne ne me contredira : la déferlante dark qui submerge Rock en Seine connaît son apogée avec le live de NIN qui débute 20h passées. Et il faut l’avouer, Trent Reznor et ses tueurs n’auront aucune pitié pour leur public, venu en masse assister à ce passage d’autant plus apprécié qu’il est le seul, et d’une rareté qui augmente l’assiduité de l’audience.

Dixit une nana à l’espace VIP qui secoue son petit copain alors qu’ils payent leurs bières : « Magne-toi, faut pas qu’on les loupe, ils ne repasseront pas de sitôt à Paris ». Ajoutons à cette réplique bien sentie le nombre de commentaires qu’on me fit du genre « Bon Dieu, tu vas voir NIN, quelle chance ! ». Bref ce set était attendu. Et il ne fut guère décevant ma foi, car là aussi rôdé au poil et servi par les compositions vibrantes des américains.

Chaque morceau claque, s’impose, noie le public sous un déluge de guitares et de percus, un violoncelle,  le profil des gars en ombre chinoise sur des écrans éclatants, entre grands prêtres et théâtre de marionnettes indonésiennes, qui scandent les horreurs de ce monde. « The begining of the end », « Head like a hole », « Terrible lie » … autant d’hymnes qui émergent des fumigènes dans ce dispositif scénique impressionnant.

Et plus si affinités

http://www.rockenseine.com/

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