Rétrospective Jean-Luc Verna : fée insolante , grandiose salope, magnifique paramour

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Verna, es-tu là ? Dans le miroir je te cherche. Faune aux grâces de danseuse étoile, fée à la carrure de déménageur, divin tatoué aux dents d’acier, monstre de foire, mater dolorosa … tant de masques alternent avec quiétude sur ton visage souriant d’homme tranquille. En paix avec toi-même, voici 25 ans que tu dessines les corps, le tien, que tu façonnes avec tant de soins, celui des autres que tu observes, convoites, saisis, en quête de beauté et de transformation. Car un corps ça se transfigure, avec le temps, l’expérience et l’approche de la mort.

Pas de quoi paniquer, c’est la vie qui veut ça. Du sculptural Adonis des débuts, que reste-t-il ? Les muscles se sont enrobés, les tatouages ont marqué la chair, le ventre s’est arrondi, doucement l’âge fait son oeuvre. Chaque trait de crayon, doublé de fard, immortalise cette fascinante mutation dans une envolée de paillettes argentées, de plumes noires. Des crânes s’invitent en Vanité dans cette mise en scène chatoyante où le macabre n’est jamais triste, toujours ironique, pour ne pas dire complice.

Sur des suaires légers, ton reflet nous salue avec malice et un brin de provocation amusée. Le sol du Mac Val où s’exposent tes oeuvres dans une rétrospective captivante scintille comme un plateau de cabaret. Photographie, vidéo, sculpture, musique, danse, théâtre, la valse des supports d’expression reflète à l’infini cette quête du Moi qui fouille la chair, cette carcasse qui véhicule l’âme dans la fugacité d’une fragile existence. Un mystère dont tu te ris, avec le glamour d’une Siouxsie, la nonchalance d’une Ivy, le tragique d’une Barbara.

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Au dessus de nous, comme un Olympe offert au Sisyphe de passage, cette montagne paramour, illuminée comme une star, déclinée différemment à chaque nouvelle idylle, volcan destructeur, sommet de glace, paisible alpage … car la chair et l’amour sont indissociables de par le coeur. Au centre une scène lumineuse où parade une longue cape noire surmontée d’un plug lunaire, fièrement dressé vers le visiteur. Une arène en attente des performances qui y seront menées : Verna est une actrice hors pair, un musicien accompli, une sirène à la voix veloutée de baryton. Elle se doit d’y figurer, par surprise bien sûr.

Ruse que cette scène, qui prend sens dans sa confrontation avec une tombe obscure, où reposent des produits de maquillage, des bijoux, les attributs de la séduction, du plaisir, de la contestation. Un tombeau des Vanités, des illusions, de la jeunesse … toute la scénographie de cette exposition magnifique, envoutante est orientée vers ce point tellurique, son coeur hypnotique. « Concession » : on appréciera l’humour et l’humilité que dégage ce jeu de mot.

Car sous ses airs de Divine exubérante, Verna est discret, simple, posé, il s’efface derrière son art, rassurant mais ferme avec sa voix douce tandis qu’il explique les grandes lignes de son travail, sa vocation, son vécu.  » – Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé ? – Non » : effectivement Verna jamais ne se maquillera trop, chaque trait de crayon, chaque coup de blush, chaque encrage dévoile un peu plus sa nature … et la nôtre.

Et plus si affinités

http://www.macval.fr/francais/expositions-temporaires/jean-luc-verna-retrospective/