Rencontre avec Christian Berst : l’art brut, une esthétique de l’altérité ?

L’art brut : nous avons déjà eu l’occasion d’aborder cette marginale de la création, avec l’expo Banditi dell’arte, consacrée par la Halle Saint Pierre à « l’art des fous » en Italie. L’art des fous : c’est en ces termes qu’on désignait la créativité des personnes internées en asile, handicapées physiques ou mentales, autistes, schizophrènes ou autres, dans les premiers temps d’un XXème siècle soudainement investi par la notion de psychiatrie.

Un peu rapide, très réducteur et surtout d’une nonchalance absolue : vous n’imaginez pas le nombre d’oeuvres qui ont ainsi fini à la poubelle, virées par des familles hermétiques et inconscientes du talent d’un proche malade venu à disparaître. L’art brut est né au hasard des rencontres, parce qu’un collectionneur averti, un esthète, un autre artiste venaient à croiser la route de ces créations d’un autre genre … et les sauvaient de la benne à ordure.

Jean Dubuffet notamment qui initia le concept à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, suivi par d’autres artistes et théoriciens tels Gaston Ferdière ou Pierre Bourdieu, … tous fidèlement répertoriés dans une page dédiée, sur le site de la galerie Christian Berst. La seule galerie spécialisée de Paris. Et un sacré challenge pour son créateur, Christian Berst. Un passionné qui, surpris de la méconnaissance du public français, s’est lancé dans l’aventure il y a 7 ans.

A l’encontre de tous les avertissements de son entourage, bien sûr. Malgré l’inexistence d’un marché porteur, motivé justement par le vide sidérant qui régnait à ce niveau dans l’Hexagone. Bien décidé à prouver la valeur de cet art de « l’altérité ». Parti de rien. Aujourd’hui il fait tourner les expos. Une en moyenne tous les mois et demi. Accrochant les œuvres d’artistes reconnus, ou de valeurs montantes, dénichées aux quatre coins du monde par le réseau qu’il a patiemment tissé au fil du temps.

Nous avions chroniqué l’expo consacrée à l’italien Carlo Zinelli. Aujourd’hui ce sont les panneaux peints de l’afro-américaine Mary T. Smith qui ornent les parois blanches du lieu. Mary T. Smith, sourde, issue d’une famille misérable du Mississipi, qui trouvera dans la peinture un mode de communication solaire avec le monde. Cette femme au sourire incroyable exposait ces cris de joie visuels dans son jardin, tournés vers l’extérieur et les passants ainsi interpelés dans leur course anonyme.

Une expo donc, assortie de projections nous montrant la peintre à l’œuvre, illustrée de morceaux de blues, appuyée d’une publication spécifique comme chaque expo du reste, Christian Berst ayant développé sa propre collection de catalogues, proposés au sein d’un coin librairie consacrée à l’art brut. Avec en parallèle l’expo Voodoo Child proposée par la collection privée ABCD, située à Montreuil. Ajoutons des conférences, un site web très bien alimenté, d’une grande clarté, la prise en charge de commissariats d’exposition, … le défi semble avoir été relevé, il en entraîne d’autres, dans le sillage d’une « histoire parallèle de l’Art » qui pourrait redéfinir bien des choses. Et éclater de nombreuses idées reçues.

Voilà qui méritait un approfondissement sous forme de rencontre et de discussion, tranquillement installés dans le bureau qui jouxte la galerie. Avec à nos côtés, assis bien sagement dans son fauteuil, Thibaud Giraudeau, l’attaché de presse qui s’occupe de la galerie. Un passionné également, qui a organisé la rencontre, et qui très discrètement intervient pendant notre échange. Vous allez l’entendre à certains moments, de même mon crayon grattant les pages de mon carnet noirci de notes tandis que Christian Berst m’explique sa démarche, le pourquoi de son action, ses projets. Une autre manière de définir et d’envisager l’art brut et le champ de ses formidables possibilités.

Entretien.

Merci à Christian Berst pour son accueil et ces explications.

Merci également à Thibaud Giraudeau pour avoir organisé cette rencontre.

 

Et plus si affinités

http://www.christianberst.com/fr/accueil