Reflet d’artiste / Franck Ocean outside: un coming out sonore !

De retour de deux magnifiques semaines de vacances sur la côte landaise, mon seul et unique désir, en rentrant chez moi, était de partager et faire découvrir l’album qui fut la bande son de mes nuits étoilées au bord de l’océan.

Et en parlant d’océan, l’auteur de cet album se nomme Frank Ocean. Ce nom ne vous est sûrement pas inconnu, puisque cet artiste a travaillé avec Beyoncé Knowles mais a été aussi le producteur et le parolier de John Legend ou Justin Bieber. Il est sorti de l’anonymat grâce à ses deux apparitions sur l’album Watch the Throne des deux dieux du Hip Hop, Jay-Z et Kanye West (No Church In The Wild, Made In America).  Il fait aussi partie du collectif de rap américain de Los Angeles, Odd Future, créé par Tyler The Creator en 2007.

J’arrête ici la biographie de l’artiste (vous savez où trouver plus d’infos), pour m’intéresser à son premier véritable album : Channel Orange. L’album commence par une intro assez étrange où l’on peut distinguer une sonnerie d’Iphone, mais aussi un bruit nous rappelant ceux que faisaient nos vieux téléviseurs quand ils s’allumaient.

La véritable première chanson est donc « Thinkin Bout You ». Tout de suite, on pénètre dans le monde plein de mélancolie de Frank Ocean. Cette chanson relate le premier amour que l’artiste a connu à l’âge de 19 ans. Grâce à une lettre postée sur son Tumblr blog depuis plus d’un mois, on sait que ce premier amour est un homme ! On en reparle plus bas, car il y a plusieurs autres références à ce coming out sur cet opus. « Thinkin Bout You » est une véritable déclaration d’amour du point de vue des paroles qui sont accompagnées par des violons, un rythme lent et la voix juste sublime de Frank Ocean qui nous bercent : « Yes of course I remember, how could I forget how you feel? /You know you were my first time, a new feel ».

Suit « Fertilizer », un morceau interlude qui aurait mérité d’être plus abouti. On retrouve plusieurs mini morceaux de ce genre tout au long de ce LP, permettant à nos sens auditifs de digérer les claques que l’on prend à chaque morceau (« No just Money », « White »).

« Sierra Leone » avec son rythme filtré, et la douce voix de Frank nous emmènent directement en Sierra Leone, là où le ciel rose et chaud de l’aube amène un nouveau jour.

Vient ensuite le très funky « Sweet life » co-produit avec Pharrell Williams. Un titre qui évoque directement la plage, l’océan mais aussi les personnes qui ont vécu aisément depuis l’enfance : « You’ve had a landscaper and a housekeeper since you were born ». Il voit la plage comme ce qu’il y a de mieux sur terre : « So why see the world, when you got the beach /Don’t know why see the world, when you got the beach ».

“Super Rich Kids » critique lui aussi les gosses de riches qui peuvent tout acheter mais sans forcément saisir la substantifique moelle de ce qu’ils possèdent. Le rythme binaire, assez simpliste avec un piano qui appuie de petits beats est juste d’une efficacité redoutable. La voix de Frank est aussi parfaitement accompagnée par Earl Sweatshirt. « Pilot Jones » une chanson d’amour assez simpliste au premier abord mais dont le texte se révèle d’une véracité saisissante. L’album continue sa route avec le très jazzy « Crack Rock » qui nous parle de la consommation de crack.

Puis survient le sommet de l’album :  « Pyramids », qui dure près de 10 minutes, est un titre évoquant dans une première partie l’histoire de la grande figure égyptienne Cléopâtre. Puis dans un second temps, on se réveille avec une prostitué à Las Vegas, dont le narrateur tombe amoureux et qu’il nomme Cléopâtre. La pyramide évoquée pourrait être alors celle du casino le Luxor. Bref, un morceau audacieux et parfaitement orchestré, avec un synthé très kitch mais terriblement efficace dans la première partie, puis un solo d’air guitare à la fin.

Petit moment de répit avec une balade pop nommé « Lost » et le très funky « Monks ». Répit nécessaire afin de se préparer au titre le plus émouvant, envoutant de l’album selon mon simple esprit.

« Bad Religion » est un sommet de mélancolie, tout est dans les paroles même si on peut noter une production simpliste mais terriblement efficace notamment avec les violons qui accompagnent les complaintes de Frank Ocean dans le refrain. Je pense que cette chanson fait référence à son homosexualité. L’histoire d’un homme qui demande à un chauffeur de taxi d’être son psychiatre pour une heure, car un malheur lui obscurcit l’esprit. Le taxi driver introduit un aspect religieux : « Allahu Akbar » vient tourmenter ce dernier car sa sexualité est contraire aux religions. Frank Ocean nous expose encore ici son homosexualité mais établit une comparaison entre le chagrin d’un amour non réciproque et une religion faite d’interdits : « It’s a bad religion/To be in love with someone/Who could never love you », où la personne que l’on aime (ou à qui l’on voue un culte) ne montre en retour aucun signe réciproque.

Pour clôturer son entrée dans la cour des grands, l’envoutant « Pink Matter » avec André 3000, et un petit hommage à la culture cinématographique américaine avec Forrest Gump. Certaines paroles vous rappelleront des passages du film notamment : « But you kept runnin’ past the end zone ».

Un album plein de sagesse de par ses textes mais terriblement audacieux musicalement, Frank Ocean arrive à toucher en profondeur nos âmes, là où nos déceptions, peurs, craintes se cachent. Ce jeune américain s’est construit un monde bien à lui, tout en étant ouvert sur le nôtre pour ouvrir nos esprits sur notre ignorance.

Arthur Lowlands

Et plus si affinités…

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