Rebels on pointes : long live The Trocks !

The Trocks : c’est le diminutifs affectueux pour désigner Les Ballets Trockadero de Monte Carlo. Qui sont new-yorkais d’origine, nés il y a quarante printemps, et composés uniquement de messieurs. Sur pointes. C’est toute la savoureuse originalité de cette troupe mondialement célèbre, adulée par un public de fans fidèles et inscrite parmi les piliers de la culture queer.

Des messieurs donc, danseurs émérites, qui se travestissent en ballerines pour décliner les grandes œuvres du répertoire, Lac des cygnes, Gisèle et consort. Dans la grande tradition du théâtre élisabéthain ou du nô japonais. Toujours avec humour, beaucoup de dérision et un talent fou. Une technique parfaitement maîtrisée également, qui repense la danse sur pointes, ici dynamisée par la puissance de la musculature masculine.

Bobbi Jo Hart a consacré un documentaire pertinent intitulé Rebels on pointes à cette troupe, à ses membres, à son histoire, son mode de fonctionnement. Corps de ballet perçu comme un clan, les Trocks depuis leur création dans les 70’s ont été en première ligne du combat pour les droits homosexuels. Pas des militants acharnés, plutôt des ambassadeurs culturels dotés d’un véritable tempérament d’artiste et d’une passion sincère pour cette discipline exigeante qu’est la danse.

A l’époque, danser sur des pointes était impensable pour un homme ; aujourd’hui les cours se sont multipliés, la pratique se répand. Avec une sincère émotion, le directeur de la compagnie évoque les avancées sociétales que la vie de sa troupe reflète : l’acceptation puis le succès, les ravages du sida, les premiers mariages entre danseurs, les enfants qui désormais viennent voir leurs spectacles quand ces derniers n’étaient initialement fréquentés que par des adultes pas toujours à l’aise.

Plusieurs de ses danseurs témoignent de leur quotidien : la difficulté à être soi-même, à s’imposer comme danseur et comme homosexuel, l’éloignement géographique des familles, le soutien infaillible des parents, la fatigue enivrante des tournées, la fierté d’avoir été engagé dans cette véritable référence, le bonheur quotidiennement renouvelé d’enfiler son tutu et ses chaussons, la mélancolie lorsqu’il faut se démaquiller après la représentation. Et la ferveur du public, en Écosse, au Japon, au Canada, partout dans leur sillage.

Certainement aussi la conscience qu’ils ont désacralisé le ballet, perçu trop souvent comme le divertissement d’une élite, sans en trahir le sens : leur technicité est reconnue de tous, leur travail, leur exigence salués unanimement. Leurs spectacles ont fait découvrir à des générations les plaisirs de la danse, en la rendant accessible, drôle, pleine de fantaisie ; sans conteste, les Trocks ont suscité des vocations, ajoutant à leur palmarès la fibre de pédagogues d’autant plus passionnés qu’ils savent leurs carrières éphémères.

On ressort de ce « feel good documentary » le sourire aux lèvres, heureux de savoir que de tels projets existent, perdurent, gagnent l’estime, la reconnaissance de tous, pour devenir des fondamentaux culturels, des incontournables de la création qui jouent un rôle d’envergure dans la société moderne. 

Et plus si affinités

https://www.rebelsonpointe.com/

http://trockadero.org/

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