Qui a tué le Dahlia Noir ? : Stéphane Bourgoin démonte le mythe d’Elizabeth Short

Le Dahlia Noir : Delphine vous en parlait hier, à propos de la série TV I am the night. Problème : si le Dahlia Noir est devenu un mythe qui alimente auteurs et cinéastes à foison, ce mythe occulte la réalité première, quitte à dire tout et n’importe quoi. Un point s’impose sur ce cold case toujours brûlant, qui n’en finit plus de nous fasciner ; pour ce faire, consultons l’excellent Qui a tué le Dahlia Noir ? signé Stéphane Bourgoin.

Le spécialiste français des tueurs en série ne pouvait pas passer à côté de pareille affaire et son ouvrage a le mérite de confronter l’enquête, ses ramifications, ses dérives et les fictions qu’elle a engendrées. 15 janvier 1947 : on découvre un corps de femme sur un terrain vague de Los Angeles. Mutilée, cisaillée en deux, vidée de son sang et de certains de ses organes, exposée dans une position obscène, la victime a vécu un véritable martyre avant de mourir. Très vite, on l’identifie : il s’agit d’Elizabeth Short, une petite actrice ratée qui est venue à Hollywood pour faire carrière et a fini plus ou moins comme entraîneuse.

Les journalistes en quête de scandales et de faits divers à sensation s’emparent de l’affaire, la montent en épingle. Présents sur la scène de crime en même temps que les premiers flics, ils court-circuitent les preuves, racontent n’importe quoi … la police, corrompue jusqu’à l’os, vérolée par la guerre des services, s’avère inefficace. On ne trouvera jamais l’assassin de cette pauvre gosse. Pourtant, les suspects n’ont pas manqué, dont ce Georges Hodel évoqué dans I am the nigth. Mais jamais de preuve, rien, rien de solide, … par contre des théories, beaucoup de théories qui vont engendrer un mythe moderne, trompeur.

Patiemment et avec une rigueur scientifique, Bourgoin reprend, explore et démonte chaque piste. Il épluche les documents qui demeurent du dossier initial, pillé au fil du temps, clichés de scène de crime, rapports du légiste, témoignages, coupures de presse, part de ce socle concret pour évaluer et contre-carrer les analyses développées année après année. Puis il aborde d’autres affaires, pour chercher des recoupements, des corrélations, apportant sa propre lecture … effrayante. Âmes sensibles s’abstenir, les illustrations ne manquent pas qui témoignent de la barbarie subie par ces victimes.

Mais le propos, lui, est construit, qui déblaie, écarte, faisant acte de logique, s’appuyant sur une expertise solide et sensée. La prise de recul éloigne les rumeurs et les on-dit, contextualise pour mieux les fictions aussi séduisantes soient-elles et s’ancrer dans la réalité, aussi sordide soit elle. En faisant le tri, Bourgoin recentre le débat et l’enquête, et s’il n’apporte aucune réponse, il pose en tout cas les bonnes questions, drapelant que l’esprit critique et la distanciation sont essentiels dans ce type de dossier.

Et plus si affinités

https://www.ring.fr/livres/qui-tue-le-dahlia-noir

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