Prière de ne pas détruire : une nécessaire ironie

Dancing Museums au Louvre - Photo Marie Pons
Dancing Museums au Louvre – Photo Marie Pons

Musée du Louvre, département des Antiquités orientales, vendredi 18 Mars, 19h30 : les taureaux de Khorsabad sont impassibles. Depuis plus de vingt siècles. Hiératiques, énormes, monumentaux. A leurs pieds, des hommes et des femmes rampent. Ils halètent, à genoux, traversant la salle avec difficulté comme le feraient des animaux dans un désert. Enfin ils se rejoignent, doucement s’assemblent, s’épaulent, tandis que l’une d’entre eux prend appui pour s’élever, regarder au loin, contempler, le passé, le présent, le futur. Puis chacun doucement reprend sa reptation, vers d’autres salles, d’autres œuvres, d’autres monuments venus des âges révolus.

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Prière de ne pas détruire – Louvre – Photo Delphine Neimon

Le coeur se sert, devant la force du symbole : du haut de ces pyramides 40 siècles nous contemplent ? Et nous ? Que contemplons-nous ? La civilisation est ici questionnée, ce qui fait que des humains fondent une communauté, créent, inventent, imaginent ensemble. Détruisent, oublient, méprisent également. A l’heure où le patrimoine culturel syrien est réduit en poussière par des fanatiques (un sombre épisode de plus dans la longue Histoire de l’humanité, faite de lumières et d’obscurité mêlées), la chorégraphie pensée par Tatiana Julien dans le cadre de Dancing Museums prend surcroît de sens et d’urgence : Prière de ne pas détruire … ironie, certes dérangeante mais ô combien nécessaire.

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Prière de ne pas détruire – Louvre – Photo Delphine Neimon

Dancing Museums vit ici une nouvelle étape après des résidences effectuées en Italie, à Rotterdam, à Vienne. Née dans le sillage du génial B. Project, la démarche vise à repenser de fond en comble le rapport entre public et œuvres. Étalé sur deux ans, piloté par La Briqueterie de Vitry sur Seine, Dancing Museums s’orchestre à l’échelle européenne sous la direction de Betsy Gregory qui dirigea la compagnie Dance4 à Nottingham, pour mettre en corrélation le travail d’un jeune chorégraphe et l’univers d’un musée :

– En Autriche, Juan Dante Murillo et la compagnie D.ID Dance Identity en lien avec la Gemäldegalerie der Akademie der Bildenden

– En Italie, Fabio Novembrino et le Centro per la Scena Contemporanea en lien avec le musée Arte Sella, le Museo Civico et le Palazzo Sturm de Bassano Del Grappa.

– Aux Pays- Bas, Connor Schumacher et le Dansateliers en lien avec le musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam.

– En Angleterre, Lucy Suggate et le Siobhan Davies Dance en lien avec la National Gallery de Londres.

Prière de ne pas détruire - Louvre - Photo Delphine Neimon
Prière de ne pas détruire – Louvre – Photo Delphine Neimon

En France, c’est donc Tatiana Julien qui prend en charge le dossier sous l’égide du Centre de développement chorégraphique La Briqueterie avec comme espace d’expression le musée du Louvre et le Mac/Val. Les 5 chorégraphes impliqués, 10 danseurs amateurs et 5 étudiants de l’École du Louvre vont se mélanger à la foule des visiteurs, dans des salles uniquement sonorisées pour l’occasion, dans un ballet simultané qui efface les frontières en imposant de fait la transversalité des corps et des œuvres : gestes, mouvements, musique, voix, …

Prière de ne pas détruire - Louvre - Photo Delphine Neimon
Prière de ne pas détruire – Louvre – Photo Delphine Neimon

En regard des vestiges de ces civilisations ancestrales, l’effet est foudroyant, l’émotion vive, l’impact mental impressionnant. Certes la plupart des spectateurs conviés sont danseurs, affiliés au monde du spectacle ou de l’art. Néanmoins les visiteurs anonymes s’arrêtent, interpellés, curieux, perdus devant la rupture des conventions : comment, des gens couchés au pied des vénérables statues ??? vautrés devant les vitrines ? L’horizontalité alanguie, l’accroupissement essoufflé rompent les codes corporels, la distance respectueuse et apeurée. puis survient le mouvement qui déstabilise, réoriente le regard, redéfinit les sculptures exposées.

Prière de ne pas détruire - Louvre - Photo Delphine Neimon
Prière de ne pas détruire – Louvre – Photo Delphine Neimon

Tout reste à faire, bien sûr. Nous ne sommes qu’au début de l’aventure mais déjà Dancing Museums ouvre des perspectives évidentes de richesse vers une autre initiation à l’art, dépouillée de son caractère élitiste, réinvestie d’une dimension émotionnelle commune. Une chance de concevoir la culture autrement ? Il n’est plus temps d’y songer, de palabrer, c’est maintenant l’heure de l’action. Prière de ne pas détruire, merci de communiquer.

Et plus si affinités

Pour suivre l’évolution du projet Dancing Museums, consultez les liens suivants :

http://www.alabriqueterie.com/fr/european-attitude/dancing-museums.html

http://www.dancingmuseums.com

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