People Bazar -Jean-Pierre de Lucovich : « Oh les beaux jours  …  »

« Souvenirs d’un infiltré dans le beau monde » : voici le sous-titre choisi par Jean-Pierre de Lucovich pour éclairer sa démarche, soit quelques 600 pages d’anecdotes et de souvenirs, puisés dans sa carrière de journaliste. Et des petites histoires, il en a beaucoup à nous raconter ce monsieur, qui fit les beaux jours de Paris-Match, Vogue Hommes, Photo, Harper’s Bazaar, L’Express, PlayBoy, et j’en passe.

Ses cibles ? Le people en tout genre, jet set, noblesse, stars, vedettes, séducteurs et prostituées de haut vol. De 1950 où il débute comme chroniqueur jusqu’aux années 2000, nous voyons ce reporter d’avant le numérique écumer soirées mondaines, fiestas grandioses, tournages et festivals, en quête de scoops et de sujets accrocheurs. Ce qui fait vendre ? Les écarts des grands de ce monde autant que leurs singularités. Du coup la came, le sexe et les facéties de ce microcosme sont à l’honneur. Lucovich nous entraîne à sa suite dans les bordels, les boites de nuit, chez les dominatrices de jadis, les bas-fonds où s’abîment les junkies et les voyous.

Il nous en rapporte le récit de manière concise, vivante, avec ce sens de l’observation et du détail qui fait mouche, un humour évident, une gouaille parisienne à se tordre parfois, tant certains passages sont drôles, inconvenants et légers. D’autres seront plus dramatiques, chargés d’émotions. Car de chronique en reportage, Lucovich va tisser de solides amitiés dans cet univers interlope où il s’ébat tel un saumon au fil de l’onde. Le voici qui évoque Dalio, Castel, Bénichou, Christina Onassis, des potes, avec qui il part en vacances, fait la fête, s’amuse, … qu’il pleurera quand certains partiront vers le firmament, qu’il aime toujours avec autant de sincérité.

Au travers de cette galerie de portraits, nous décryptons les us et coutumes de la presse à sensations, nous la regardons évoluer, avec la technique, avec l’actualité, avec le public. Le monde des stars, du spectacle, de la mode, de la nuit aussi se transforme au fil des décennies, à regret car « c’était mieux avant » quand il n’y avait pas une armée de managers, de communicants et d’attachés de presse pour faire barrage, quand on pouvait emmener Raquel Welch manger un morceau tout en l’interviewant, quand rencontrer Belmondo pour un entretien se transformait en tournée des bars …

Les chapitres de People Bazar se dévorent avec un plaisir gargantuesque et innocent, comme autant de bouchées savoureuses et piquantes, un peu amères parfois, car la vie est une garce, mais elle est aussi très belle, surprenante. Les mémoires de Lucovich au pays des people transmettent cette finesse, cette insouciance véhiculée par les grands noms d’une presse qui se voulait de qualité même si elle donnait dans le croustillant, dans un esprit gentiment gonzo avant la lettre. On appréciera chaque aventure vécue car elle reflète un temps révolu où tout était plus simple en se disant : « Oh les beaux jours … »

Et plus si affinités

http://www.editions-seguier.fr/livre/22059

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